LE MASSACRE D’ODANAK

C’est vers 1700 que l’épouse du défunt seigneur Crevier, Marguerite Hertel et son fils Joseph, cèdent une partie de leurs terres aux Abénakis pour l’établissement d’une colonie autochtone dans le secteur de Saint-François-du-Lac. La mission d’Odanak voit alors le jour. Les Abénakis, qui fréquentent la rivière Saint-François depuis longtemps déjà, occupent un vaste territoire. Celui-ci s’étend du lac Champlain jusqu’en Acadie, en incluant aussi une bonne partie de la Nouvelle-Angleterre. Les nombreux conflits avec leurs ennemis naturels, et alliés des Anglais, les Iroquois, obligent les Abénakis à de fréquents déplacements. Les premières traces d’établissement autochtones dans le secteur de Saint-François-du-Lac remontent aux environs de 1660. Amis des Français, les Abénakis secondent ces derniers dans leur guerre contre les troupes anglaises. Ce peuple de valeureux guerriers est redouté par ses adversaires. Leur établissement à proximité de Saint-François-du-Lac assure une certaine sécurité à la jeune colonie. Un astucieux stratagème de petits campements érigés le long de la rivière Saint-François permet de surveiller et de prévenir les habitants d’Odanak, en cas d’incursions ennemies. Cela n’empêche toutefois pas le massacre de 1759.

L’emprisonnement de deux messagers envoyés par le général Amherst, afin de demander aux Abénakis de demeurer neutre dans le conflit opposant les Anglais aux Français, serait à l’origine de l’expédition punitive du major Rogers sur Odanak. Les ordres du général anglais sont des plus claires : « Prenez votre revanche, sans oublier que ces scélérats ont assassiné sans égard des femmes et enfants de tout âge. » En cheminant par les bois plutôt que par la rivière. Rogers et ses hommes parviennent à tromper la vigilance des Abénakis. Le 4 octobre 1759, à l’aube, les Anglais surprennent les villageois dans leur sommeil. Ils enflamment les habitations et massacrent les gens. Le bilan des morts s’élève à une vingtaine de femmes et d’enfants – pour la plupart, brûlés dans leurs propres maisons en tentant de s’y cacher – et une dizaine d’hommes. On estime que les Anglais font aussi une trentaine de prisonniers, dont quelques femmes et enfants.

La riposte Française et Abénakise s’organise aussitôt. Des expéditions sont lancées aux trousses de la troupe de Rogers qui, entre temps, commet l’erreur de se diviser en petits groupes. Leur fuite à travers bois est décrite comme un véritable calvaire, les soldats devant progresser à travers d’immenses marécages infestés de moustiques. Le gibier fuit devant ces soldats en cavale qui, par crainte de révéler leur présence, ne peuvent même pas faire de feu pour se nourrir ou se préserver de la fraîcheur des nuits automnales. Plusieurs d’entre eux meurent d’épuisement, sont tués par leurs poursuivants ou encore faits prisonniers. De retour auprès d’Amherst, Rogers, afin de justifier la perte d’un grand nombre de ses soldats au cours de cette expédition, prétendra que son incursion punitive à Odanak aura fait aux alentours de 200 victimes.

Le véritable bilan s’avère néanmoins tragique. Le village d’Odanak doit être reconstruit. De même que la chapelle, érigée en 1688, qui est rasée par les flammes et dont la perte demeure inestimable.

Références : Collection Odanak, C076/P2/8
Photo : La quatrième chapelle d’Odanak. Dessin de J. Obomsawin accompagné, au verso, d’un hommage témoignant du profond attachement du peuple Abénaki envers la religion catholique. Ferveur qui ne se dément pas au fil des années malgré les épreuves et les incendies qui détruisent les trois premières chapelles.

Photo de Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet.

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