DIFFUSION DE MUSIQUE PAR TSF : UNE PREMIÈRE MONDIALE À NICOLET?

2020 marque le centenaire de la radio. Depuis l’invention du radioconducteur par Édouard Branly en 1890, jusqu’aux expériences réussies de Marconi, la télécommunication sans-fil fascine les scientifiques du monde entier dès la fin du 19e siècle. Dans notre région, elle passionne tout particulièrement l’abbé Georges Désilets, professeur de physique au Séminaire de Nicolet. Ce pionnier de la télécommunication invente, dès 1912, un instrument capable de diffuser de la musique à distance. L’abbé demeure constamment à l’affût de toutes les nouveautés dans ce domaine qui progresse rapidement. Il confectionne lui-même ses propres récepteurs et connaît très bien tous les rouages permettant la communication par le code morse en vigueur à l’époque. Fin observateur, l’amateur de musique en lui finit par déduire que les sons intermittents du code télégraphique peuvent éventuellement être transformés en notes de musique. Il entreprend alors de convertir un vieil harmonium en appareil émetteur susceptible de diffuser de la musique à distance.

Témoin des premiers pas de l’abbé Désilets dans ce domaine, Jean Narrache (Émile Coderre) confie son expérience dans un article de journal rédigé en 1939 : « … il se mit en train de transformer un vieil harmonium hors d’usage et d’en faire un instrument qui transmettrait de la véritable musique par sans-fil. Un jour, l’abbé nous chargea, Vincent et moi, de nous rendre sur le lac Saint-Pierre dans un yacht munie d’une antenne et d’un poste de télégraphie sans-fil. (…) Tout à coup, les premières notes très distinctes du cantique « Nearer my god to Thee » nous firent pousser un cri d’admiration. L’harmonium de l’abbé Désilets transmettait la musique sans-fil. (…) Chose amusante pour nous, mais qui le fût moins pour l’opérateur du sans-fil d’un steamer qui passait en ce moment au large du lac Saint-Pierre. Se rappelant que l’orchestre du Titanic avait joué ce cantique, il se crut le jouet d’une illusion et nous l’attendîmes télégraphier en toute hâte à Montréal et à la Pointe-au-Père pour demander si on avait entendu la même chose. Comme ces deux postes étaient à une trop grande distance, personne n’avait évidemment entendu la mystérieuse musique. Je me demande si le pauvre garçon n’eut pas perdu la tête si l’abbé ne s’était empressé de lui télégraphier lui-même pour lui expliquer l’expérience qu’il tentait de faire. » L’opérateur en question a-t-il jamais su qu’il venait probablement d’assister à l’une des premières diffusions mondiales de musique transmise par un appareil sans-fil?

Les démarches de l’abbé Désilets pour faire enregistrer officiellement son invention portent fruit. Les lettres patentes lui sont accordées de la part du gouvernement du Canada, de même que par celui des États-Unis. Mais les expériences du prêtre Nicolétain ne s’arrêtent pas là. En 1920, il obtient du ministère des affaires navales canadiennes une licence l’autorisant à exploiter une station de radio amateure durant la période hivernale, alors que la navigation sur le fleuve se trouve interrompue par les glaces. Il s’agit de la première radio francophone à diffuser au pays, devançant ainsi le poste CKAC qui entre en ondes seulement en 1923. La radio amateure 9-AB du Séminaire de Nicolet est doté d’une puissance lui permettant de diffuser ses programmes de musique hebdomadaires aussi loin que Drummondville, Saint-Hyacinthe et Grand-Mère. La qualité de sa programmation musicale, de même que la clarté de la diffusion lui méritent de nombreuses lettres de félicitations en provenance d’un peu partout. L’abbé Désilets exploite son poste de radio jusqu’à la fin des années vingt. La prolifération des postes de radios commerciaux au fil des années marquant le déclin des stations amateures.

Étonnamment, les talents d’inventeur de l’abbé George Désilets semblent plus reconnus aux États-Unis que chez-lui. Plusieurs journaux et revues américaines, dont la célèbre « Wireless », lui consacrent des articles étoffés, alors que de ce côté-ci de la frontière les médias demeurent silencieux sur le sujet.
L’abbé Désilets est le grand-oncle du célèbre photographe de presse Antoine Désilets, décédé en décembre dernier. Antoine Désilets, est le cadet d’une famille de dix enfants. À neuf ans, suite au décès de sa mère, il est placé à l’orphelinat de l’hôpital du Christ-Roi. Son grand-oncle entreprend alors de l’initier à la photographie. C’est donc à Nicolet, grâce aux enseignements de l’abbé Georges Désilets, que naît la vocation de celui qu’on qualifie de premier photographe de presse du Québec.

Référence : CAR Fonds Georges Désilets F106 et Fonds Émile Coderre F196
Référence photos : Atelier de Georges Désilets, fonds Georges Désilets F106-F1-6-4
Arrière de l’harmonium en 1916, F106-F1-6-3
Harmonium en 1916, CAR Séminaire de Nicolet

Photo de Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet.Photo de Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet.
Photo de Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet.

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