LA PETITE FRANCE

Lorsque l’on consulte les documents d’archives reliés à l’histoire de la Baie-du-Febvre (anciennement Baie-Saint-Antoine), le patronyme Petite France ressurgit régulièrement au fil des recherches. On pourrait croire, à prime abord, qu’il s’agit d’un endroit précis de la Baie-Saint-Antoine, situé quelque part entre Nicolet et Baie-du-Febvre. Or, voici ce que les archives nous enseignent à ce sujet.

Après la Conquête, pour renouveler ses effectifs, l’Église canadienne ne peut plus faire appel au clergé français, fort mal vu par les vainqueurs. Le nombre d’ecclésiastiques chute dramatiquement. La Révolution française, qui force environ 8 000 prêtres à émigrer en Angleterre, contraindra les autorités britanniques à ouvrir les portes du Canada à un certain nombre de religieux d’origine française. Mgr de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, qui s’occupe de recruter des prêtres pour le Canada, nomme Philippe-Jean-Louis Desjardins à titre de chef d’une mission chargée d’étudier les conditions de l’établissement, dans le Haut et le Bas-Canada, de prêtres français; cela, dans le but d’une éventuelle émigration. Mgr Hubert, évêque de Québec, qui parvient à convaincre les autorités britanniques de former au Canada une petite colonie composée d’émigrés français, accueille avec joie cette cinquantaine de prêtres qui vient accroître d’un tier les effectifs canadiens. Or, cette nouvelle ouverture s’avère de brève durée. Le gouvernement craint que certains émissaires de France ne préparent la révolution dans le Bas-Canada. Même les prêtres français émigrés deviennent suspects aux yeux des Britanniques. Dès 1802, l’étau se resserre à nouveaux sur l’émigration des prêtres français et celle-ci ne connaîtra un nouvel essor seulement à partir de 1840.

Mgr Plessis, successeur de Mgr Hubert, manifeste une vive admiration pour ces prêtres que la révolution française a jetés sur les rives du Saint-Laurent. Dans le but de leur rendre l’ennui de l’exil plus supportable, il les réunit dans la région de Trois-Rivières. Ce qui leur permet de se rencontrer plus souvent. Ainsi donc, de 1796 à 1847, les cures de Nicolet, Baie-du-Febvre, Bécancour, Gentilly, Pointe-du-Lac, Yamaska, Saint-François-du-Lac sont presque continuellement occupées par des prêtres français; d’où la désignation populaire de « Petite France ». Ces prêtres rassemblés sous la protection de Mgr Plessis sont : Jean Raimbault, curé de Nicolet, Urbain Orfroy et René-Pierre Joyer, de Pointe-du-Lac, François-Gabriel Lecourtois et François Lejamtel, de Bécancour, Charles-Vincent Fournier, de Baie-du-Febvre, Claude-Gabriel Courtin, de Gentilly, François Ciquard, de Saint-François-du-Lac et Pierre Gibert, de Yamaska.

Le CAR Séminaire de Nicolet conserve en ses voûtes les fonds d’archives des curé Raimbault, Lecourtois, Orfroy, Joyer, Lejamtel, Fournier et Courtin. Ceux-ci contiennent surtout des documents traitant d’actes légaux, de droits de succession et d’arpentage, des contrats de vente, de même qu’une généreuse correspondance. Ces fonds d’archives demeurent accessibles à tous et peuvent être consultés sur place.
Références : Toutes petites choses du régime Anglais, Pierre-Georges Roy, Éditions Garneau, Québec 1946

Histoire de la Baie-Saint-Antoine, Joseph-Elzear Bellemare, 1911
Photo : Certificat de naturalisation de François-Gabriel Lecourtois 1826

Photo de Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet.

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