ÉLISÉ MAILHOT : DE LA SEIGNEURIE DES BECQUETS AUX DOMAINES DE LA LOUISIANE

Originaire de Saint-Pierre-les-Becquets, Élisé Mailhot appartient à cette catégorie de personnages plus grands que nature qui, malgré de prodigieux accomplissements, demeurent ignorés de l’histoire. Né en 1814, septième enfant issu du mariage de Michel Mailhot et Marie-Louise Demers, Élisé entreprend des études en droit à Montréal, au moment où éclate les troubles de 1837. Patriote, il est arrêté par les autorités alors qu’il assiste à une assemblée des Fils de la liberté. Un habile subterfuge lui permet d’échapper à ses gardiens. Il se réfugie alors auprès d’un ami navigateur dont le bateau est amarré au port de Montréal. Ce dernier le cache durant quelques temps avant de lui faire franchir la frontière américaine en toute sécurité. Après des jours de marche afin d’échapper à ses poursuivants, Élisé Mailhot se résigne finalement à frapper à la porte d’une riche demeure de l’Illinois pour y chercher refuge. On accueille volontiers le fugitif malade d’épuisement. Grâce aux bons soins particuliers d’une demoiselle de la maison, il recouvre progressivement la santé. Des liens intimes se nouent entre le malade et « l’infirmière » à qui il promet au moment de quitter ses bienfaiteurs : « Mademoiselle, je n’ai pas la situation voulue pour demander actuellement votre main, mais si vous voulez bien m’attendre, je reviendrai avec bonheur. » Il y retourne effectivement quelques années plus tard. Mais seulement après avoir rejoint un groupe de patriotes formés aux États-Unis et au sein duquel il repart combattre, avec plus ou moins de succès, au Canada. La rébellion matée, Élisé Mailhot retourne aux États-Unis où il complète avec brio des études de droit qui lui permettent d’accéder au barreau. Établi à l’Assomption dans l’état de l’Illinois avec son épouse Anny Mills, il exerce sa profession avec succès, ce qui lui permet d’accumuler une belle fortune. Il investit une partie de son capital en achetant de grandes plantations de canne à sucre en Louisiane. Sa vie se partage alors entre l’Illinois et la Louisiane où lui et son épouse mènent une existence, à la fois, paisible et mondaine.

Quoique parvenu, Élisé Mailhot, en bon patriote, n’oublie pas ses origines. Il s’inquiète particulièrement du sort de ses compatriotes que la misère coloniale pousse à l’exile et qui errent trop nombreux de part et d’autre des États-Unis à la recherche de travail: « Il voulut tenter d’en réunir le plus possible et de participer à leur bien-être. En 1866, il achète une grande étendue de terrain où plusieurs familles se fixèrent. Ce fut le noyau d’une population canadienne française dont on trouve encore des descendants. » Il fait construire une église à ses frais et obtient les services d’un prêtre afin que ses protégés puissent pratiquer leur religion à leur guise.

L’esclavage abolit suite à la guerre de Sécession, Élisé Mailhot, malgré une perte considérable de revenus, dote ses esclaves d’un pécule suffisant pour leur permettre de s’établir convenablement. Mais ceux-ci, sont si bien traités par leur ancien maître qu’ils le supplient de les garder auprès de lui : « (…) et l’on raconte que souvent on trouvait le vieux Jos couché près de la porte de chambre de son maître, craignant que ce dernier ait besoin de ses services. » Suite à une vie bien remplie de labeur, de succès et de dévouement, Élisé Mailhot s’éteint le 16 août 1875 à l’âge de 61 ans, victime d’une épidémie de choléra.

Nos recherches n’ont pas permis d’établir si Élisé appartenait à la même lignée de Mailhot que Modeste, autre personnage important de Saint-Pierre-Pierre-les-Becquets. Une histoire raconte que lors de travaux pour la route principale, un groupe d’ouvriers en était rendu à déplacer une énorme roche d’environ 6 pieds de haut par 3 pieds de large. Le groupe décida alors de prendre la pause du dîner et de revenir à la charge avec des chevaux pour faciliter le travail. Pendant le dîner, le géant, Modeste Mailhot, se retrouva seul avec la roche et la déplaça sur plusieurs pieds pour la mettre hors de la route. C’est au retour du repas que force était de constater que la roche avait été déplacée par un seul homme. Un exploit qui continue de marquer les esprits. « La roche à Mailhot » est toujours visible aux abords de la route 132 à quelques kilomètres de la sortie est du village de Deschaillons. Une plaque commémorative rappelle aux passants l’exploit de l’homme fort de Saint-Pierre-les-Becquets. D’autre part, aucun site ni monument ne semblent vouloir rappeler le souvenir d’Élisé Mailhot dans la région. Par contre, quelques pages lui sont consacrées dans le livre commémoratif dédié au tricentenaire de la seigneurie Lévrard-Becquet (1672-1972) dans lequel l’on s’attarde surtout à décrire ses exploits patriotiques.

Références : Fonds Société d’histoire Régionale de Nicolet, F238/E12/4
Photos : Manoir Les Becquets ou manoir Méthot, prise par Ambroise Houle en 1996, Fonds Ambroise Houle F042-E36-2
Plaque commémorative de La roche à Mailhot, image provenant des Quatre saisons de Jean Provencher https://jeanprovencher.com/2016/04/21/la-roche-a-mailhot/

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