SAINT-LOUIS DE BLANDFORD BERCEAU DES BOIS-FRANCS

Au mois de février 1825, Charles Héon, accompagné par deux Amérindiens qui connaissent à fond le territoire, quitte la paroisse de Bécancour pour remonter la rivière du même nom jusqu’aux limites des cantons de Blandford et de Maddington.  Cette excursion vise à explorer la région dans le but d’y établir éventuellement une colonie. L’expédition s’avère concluante, car, dès le mois de mars suivant, il quitte son village natal en compagnie de son épouse, Louise Cormier, de son frère George, de Hubert Poirrier, ainsi que de Charles Thibodeau et sa femme, Rosalie Poirier. Les nouveaux colons érigent aussitôt une cabane en bois rond et défrichent rapidement un lopin de terre cultivable au cœur de la forêt. Leurs efforts sont récompensés. La terre est généreuse. Dès les premières années les récoltes sont abondantes. Elles permettent d’anticiper un bel avenir pour les cultivateurs. Le gouvernement octroie à Charles Héon une partie du towship de Blandford pour une superficie totale de 350 arpents. Incapable de défricher à lui seul une telle étendue de forêt, ce dernier en distribue des parcelles à des nouveaux colons. Une scierie de même qu’un moulin à farine sont indispensables pour la viabilité à venir d’une paroisse. Charles Héon se charge de faire construire l’un et l’autre. Une chapelle est érigée sur les rives de la rivière Bécancour et l’érection canonique de la paroisse de Saint-Louis-de-Blandford (nommé ainsi en l’honneur de Louis IX, roi de France et Louis-Joseph Massue, bienfaiteur, de la municipalité) a lieu le 11 juillet 1848.

Avec le temps, la population croît. La Fabrique de la paroisse doit faire face, vers la fin du 19e siècle, à une situation inusitée. Lors d’une assemblée tenue le 10 janvier 1886, les marguillers de la paroisse Saint-Louis-de-Blandford doivent débattre sur les ravages causés au cimetière par les pluies printanières et automnales. L’abaissement du terrain favorise une mauvaise irrigation du sol et l’écoulement des eaux posent de sérieux problèmes pour l’inhumation des corps lors de débordements pluviaux. Devant l’initiative de certains paroissiens qui se chargent de transporter à leurs frais de la terre pour rehausser le terrain, la Fabrique, dans un souci d’équité envers ces citoyens, doit légiférer. Il est alors résolu au cours de cette séance : « Que les chefs de famille qui ont charroyé de la terre dans le cimetière auront seuls le droit de s’y faire enterrés ainsi que les membres de leur propre famille vivant sous le même toit. Que ceux qui voudront le même droit à l’avenir devront avant toute inhumation avoir charroyé dans le cimetière pas moins de 25 voyages ordinaires de terre. » Vingt ans plus tard, c’est la vétusté du cimetière et la nécessité de le déménager qui préoccupent les marguillers. Il faut d’abord obtenir de la part des autorités religieuses et légales l’autorisation d’exhumer les corps. Ensuite, règlementer l’acquisition et l’entretien des lots. Lors d’une séance tenue le 10 septembre 1905, les marguillers votent à l’unanimité la résolution suivante : « Que chaque lot soit vendu moyennant la somme de 8 piastres. L’acquéreur ne pourra se servir de son lot de terre pour aucune autre fin que pour l’inhumation (suivant les rites de l’Église catholique) de sa famille. (…) Il ne sera donc pas permis de s’associer deux ou plusieurs personnes pour acheter un même lot. Il sera néanmoins loisible au dit acquéreur de faire inhumer dans son lot le corps de toute autre personne en payant pour l’inhumation de chaque corps et avant que l’enterrement ait lieu. » Par cette résolution, l’acquéreur s’engage aussi à voir à la propreté et à l’entretien de son lot. Les monuments et les épitaphes doivent êtres érigés dans le respect de la religion catholique, demeurés de bon goût et recevoir l’approbation du curé. Les Ludoviciens assurent ainsi à leurs défunts un dernier repos dans un endroit paisible et accueillant.

Reconnue depuis quelques années comme la capitale mondiale de la canneberge, l’économie de Saint-Louis-de-Blandford repose aussi sur l’industrie agricole et commerciale. En venant s’établir sur ce nouveau territoire, en 1825, Charles Héon ouvre ainsi la voie au développement des Bois-Francs.

Références : Fabrique Saint-Louis-de-Blandford, F314/A4/7, F314/A5/10, F314/B7/3-4

Saint-Louis-de-Blandford vers 1877. Fonds Séminaire de Nicolet F085-P5250

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