LA MILICE AU BAS-CANADA : AVANT ET APRÈS LA CONQUÊTE

À l’époque de la Nouvelle-France, afin de pallier aux effectifs militaires déficients, tout habitant âgé entre 16 et 60 ans se voit dans l’obligation de s’inscrire à la milice locale. En ces temps où les tribus iroquoises menacent particulièrement Montréal et Trois-Rivières, chaque paroisse a le devoir de mettre sur pied une troupe paramilitaire pour la défense de la jeune colonie. Il appartient alors à tout habitant de se procurer un fusil, de même que de la poudre et des munitions en quantité suffisante. La vigilance est de rigueur. En cas d’attaque ennemi, il faut être prêt au combat à toutes heures du jour et de la nuit. C’est dans ce contexte que Louis XIV officialise en 1669 le statut de la milice canadienne qui existe de facto depuis 1649. Les miliciens ont l’obligation de s’entraîner une fois par mois, la plupart du temps les dimanches ou jours fériés. En temps de guerre, on prête aux colons, qui en sont dépourvus, une arme qu’il faut rendre aux autorités une fois les hostilités terminées.

La conquête de 1759 interrompt temporairement les activités de la milice coloniale. Les miliciens désarmés doivent prêter serment de neutralité et de fidélité au roi d’Angleterre. En 1775, la révolution américaine qui sévit menace la frontière canadienne. Pour venir en aide à son armée, le gouvernement britannique se résigne à restaurer la milice locale.  Une décennie plus tard, en date du 26 avril 1787, le gouverneur en chef de la province émet une ordonnance qui « règle plus solidement les milices de cette province ». Ce document stipule que « tous les particuliers résidants dans les villes comme dans les campagnes, depuis l’âge de 16 ans jusqu’à 60 ans, sont déclarés miliciens et obligés de servir en cette qualité dans la milice de la paroisse, village ou seigneurie dans lesquels ils sont domiciliés; tous particuliers qui refuseront de servir encourons l’amende de 5 livres et pour tout autre refus subséquent une amende de 5 livres et un mois de prison ».  Aucun milicien, sous peine de sanction, ne peut déménager de paroisse sans en avertir préalablement son capitaine. De même que nul d’entre eux ne peut se désister de participer aux manœuvres annuelles obligatoires sans raison valable. Les récalcitrants risquant d’écoper d’une amende, voir même d’une peine d’emprisonnement.

Les archives de la milice du district de Nicolet, conservées au CAR, se révèlent une excellente source d’information sur les règles gouvernementales encadrant l’activité de ces troupes paramilitaires. Le 16 août 1855, dans un document officiel intitulé « Acte pour régler la milice de cette province » » émis par les quartiers généraux de Québec, on retrouve les règles auxquelles doivent se soumettre les nombreuses milices de la province : « Tout volontaire se joignant à ces troupes devra signer une feuille de service dont l’engagement ne peut être moindre de cinq années. Vu que l’uniformité de couleur dans l’habillement de la Milice Volontaire est un objet d’une importance considérable sous le point de vue militaire, son Excellence (Gouverneur général) veut bien régler que la couleur de la Cavalerie soit bleue, que celle des carabiniers soit verte et que les habits soient d’une coupe tunique, la même que celle prescrite pour les troupes de Sa Majesté. (…) Les armes et accoutrements seront livrés aux différentes compagnies, chaque volontaire signera un reçu pour la bonne garde des armes accoutrements ou ammunitions qui seront mis à ses soins. »

À Nicolet, Jean-Baptiste Pinard se démarque parmi les miliciens qui reprennent du service après la conquête. Le 20 février 1779, le gouverneur de la province, son excellence Frédérick Haldimand souligne que: « étant bien informé du zèle et de la bonne conduite du sieur Baptiste Pinard et de sa fidélité et de son affection au service du roi », il lui octroie le grade de lieutenant de la milice de Nicolet. Le 7 avril 1796, c’est Lord Dorchester, gouverneur en chef des provinces du haut et du bas Canada qui : « reposant confiance dans votre loyauté, courage et bonne conduite, nous vous nommons, par la présente, capitaine des milices de la paroisse de Nicolet dans le district de Trois-Rivières ». Lors de l’hommage que ses collègues lui rendent au moment de son décès le 21 février 1835 à l’âge de 81 ans, on souligne que : « M. Pinard avait servi comme officier dans la guerre avec les États-Unis de 1775. Il fut fait prisonnier. Il demeurera 18 mois en captivité, montrant autant de résignation durant sa détention qu’il avait montré de courage dans les divers engagements qu’il se trouva. Trop âgé pour servir lui-même en 1812, il conseilla à trois de ses fils de ne pas entendre qu’ils fussent commandés et de voler d’eux-mêmes aux frontières ». Lors de ses obsèques, les honneurs militaires lui sont rendues par d’anciens miliciens de la paroisse de Nicolet.

La milice canadienne portera la désignation d’armée de terre à partir de 1940.

Références :
Fonds Milice du district de Nicolet, C185/B1/15, C185 D1/18 et C185/F1/20

Extrait de l’acte pour régler la milice de cette province, 16 août 1855, F185-B1-15

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