L’IMIGRATION IRLANDAISE DANS LA RÉGION DE NICOLET

Au 19e siècle, l’Irlande connaît des moments difficiles qui la prive d’une bonne partie de sa population. Les années 1847-48 sont marquantes dans l’histoire de ce pays, ainsi que pour le développement culturel et sociale de la province de Québec. Une maladie dévastatrice affecte la culture principale du l’Irlande: la pomme de terre. Celle-ci prend une ampleur catastrophique et contraint une bonne partie de la population à s’exiler en Amérique, notamment aux États-Unis et au Canada. L’immigration irlandaise au Canada remonte toutefois à plus d’un siècle avant la conquête. Celle-ci prend sa source au sein de l’armée du roi de France auquel bon nombre de soldats irlandais prête allégeance. Ces militaires servent autant sur le vieux continent qu’en Nouvelle-France, où ils forment souvent des régiments distincts. À la fin des années 1600, on estime que 130 des 2 500 familles installées en Nouvelle-France sont composées d’Irlandais. Ce qui équivaut à 5 % de la population totale. Lors de la cessation de la colonie à l’Angleterre, une clause de l’acte de reddition prévoit d’accorder l’amnistie à tous ceux qui ont combattu les armées anglaises, à l’exception des Irlandais. En 1759, le gouverneur Vaudreuil se voit alors confié une compagnie de prisonniers irlandais ayant combattu les troupes britanniques pour le compte du roi de France. Afin de leur épargner d’inévitables représailles de la part des Anglais, le sieur de Vaudreuil ordonne le renvoi de ces combattants en France. Les Irlandais qui choisissent de demeurer au pays, se voient contraints de franciser leur patronyme afin d’échapper à la vengeance des conquérants. C’est ainsi que le docteur Timothy O’Sullivan, le père de Marguerite d’Youville, fondatrice des Sœurs grises, prend le nom de Timothy Sylvain, ou que le patronyme O’Brien se transforme en Aubry et ainsi de suite…

Dès 1820, Mgr Plessis, évêque de Québec, sollicite les familles aisées de son diocèse pour qu’elles adoptent des orphelins irlandais. Cet appel à la solidarité se fait de plus en plus pressant au détour des années 1830, alors qu’une épidémie de typhus ravage l’Europe. Mais les sombres années 1847-48 demeurent celles de la grande migration, alors que la maladie fauche au-delà de 7000 vies en mer et plus de 5000 autres au cours de la quarantaine imposée sur le site de Grosse Île, en face de Montmagny. La période de confinement obligatoire terminée, les survivants, majoritairement des orphelins, se voient dirigés vers la ville de Québec. Il faut alors trouver des foyers désireux de les accueillir. L’abbé Thomas Caron, directeur des élèves au séminaire de Nicolet, se rend à la Grosse-Île pour ramener de jeunes irlandais et voir personnellement à leur adoption par des familles de la région. Ainsi, plusieurs de ces Irlandais, dont nous retrouvons encore aujourd’hui bon nombre de descendants, quittent la Grosse-île pour leur nouvelle terre d’accueil: Nicolet. Un second flux d’immigrants provient des Canton de l’Est. Ces expatriés arrivent par la diligence qui effectue le trajet de Sherbrooke jusqu’au Port-Saint-François, en passant par Richemond, Melbourne et Saint-Zéphirin.

Entre 1832 à 1847, on estime à près d’un million le nombre d’Irlandais qui arrivent aux ports de Montréal et de Québec. Dispersés à travers la province, ceux-ci contribuent largement à l’essor de la société québécoise. Dans la région de Nicolet, les Dolan, McMahon, McNeil, O’Brien, autres sont, les dignes descendants de ce peuple résilient et fier.

Références : Société d’histoire régionale de Nicolet F238/E12/4

 

Thomas Caron aux environs de 1845, Fonds Moïse-George Proulx, F002/018/219

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