BREF PASSAGE DU DRAPEAU DE CARILLON À NICOLET

Le drapeau de Carillon a-t-il véritablement séjourné à Nicolet de 1806 à 1807? La question se pose en janvier 1948 au moment de l’adoption du fleurdelisé à titre de drapeau officiel de la province de Québec. Les autorités du séminaire de Québec profitent de l’occasion pour commémorer publiquement le centenaire de la remise officielle de la bannière du fort de Carillon à leur institution. Cérémonie s’étant déroulée le 15 janvier 1848, alors que Louis Demers, ancien membre de l’ordre des Récollets, remettait au collège de Québec le fameux étendard qu’il conservait précieusement depuis des années. Rappelons qu’il s’agirait de l’authentique bannière utilisée par Montcalm lors de la victoire française sur les forces britanniques à la bataille du fort Carillon, au sud du lac Champlain, le 8 juillet 1758. La nouvelle de la commémoration du centenaire par les autorités du séminaire de Québec attire l’attention de l’abbé J. Antoine Letendre, ancien économe du séminaire de Nicolet et vicaire de Gentilly. Celui-ci rédige un mémo dans lequel il avance, sans pouvoir le confirmer hors de tout doute, que le drapeau de Carillon aurait séjourné au séminaire de Nicolet avant celui de Québec. On ignore si cette note, conservée dans le fonds d’archives de la Société d’Histoire Régionale de Nicolet, est destinée à une quelconque autorité, ou s’il s’agit d’une rectification historique sans lendemain. Un fait demeure : son mémo contient certains indices privilégiant l’hypothèse du séjour de la célèbre bannière à Nicolet.
 
La résurgence du drapeau de Carillon remonte à 1796, lors de la sécularisation de l’ordre des Récollets suite à l’incendie de leur couvent. À cette époque, l’ordre ne compte plus que 7 pères et 15 frères. Malgré son statut séculaire, l’un d’entre eux, le frère Louis Demers conserve la tunique et continue de se comporter en véritable religieux. En 1806, afin de soulager le curé Raimbault de certaines tâches administratives, Mgr Plessis nomme le frère Demers à titre d’économe au séminaire de Nicolet, poste qu’il occupera à peine une année. Le bref passage de ce dernier au sein de l’institution nicolétaine laisse un souvenir amer. Ses supérieurs accumulent les griefs contre lui en soulignant, entre autres : « …son manque de vigilance comme économe, un sien neveu qui avait une pension gratuite et ne donnait pas satisfaction, sa grande jacasserie avec tout le monde, surtout avec les ouvriers de la construction à qui il offrait de nombreuses prises de tabac sans tenir compte du temps perdu etc.. » Pour toutes ces raisons, dès les travaux d’agrandissement du séminaire terminés, Mgr Plessis rappelle le frère Louis à Québec. L’évêque, regrettant peut-être l’imposition de ce singulier personnage au séminaire de Nicolet, rédige ce commentaire à l’intention du curé Raimbault : « Votre procès est gagné. Le frère Louis, après avoir beaucoup balancé l’offre que je lui ai faite de reprendre sa place au faubourg Saint-Roch, s’y est finalement déterminé et, le plus beau de l’histoire, c’est qu’il ignore que l’on soit mécontent de lui, ou que vous ne m’en ayez fait la moindre plainte ». Si le frère Louis semble faire l’unanimité contre lui, des doutes persistent toutefois sur la présence du drapeau de Carillon dans ses bagages lors de son passage au séminairede Nicolet. L’hypothèse demeure néanmoins plausible. Antoine Letendre précise que les Récollets desservaient les forts Saint-Frédéric et Carillon lors de l’assaut du 8 juillet par les troupes britanniques : « … on s’explique mieux que le drapeau soit en leur possession et quand, après la conquête, ils sont confinés à leur couvent avant la sécularisation, le frère Louis, le survivant, conserva précieusement le drapeau. » Ce dernier ne se déplace jamais sans un bahut rempli d’effets personnels qu’il conserve précieusement auprès de lui. La célèbre bannière doit donc logiquement se trouver à l’intérieur de ce coffre au moment où l’ancien Récollet séjourne au séminaire de Nicolet. D’éventuels témoins de l’époque en dressent même un portrait éloquent: « Il était sur fond bleu avec feuilles de lys convergeant des angles vers le centre et les armes du roi de l’autre côté ». On peut donc avancer, sans trop de réserves, que le drapeau de Carillon, qui servit de modèle pour le fleurdelisé adopté par le gouvernement de Maurice Duplessis le 27 janvier 1948, aurait séjourné une année à Nicolet avant de se retrouver au séminaire de Québec.
 
Référence:
Fonds Société d’Histoire Régionale de Nicolet F238/E12/4
 
 
Père Louis Demers, photo d’un tableau anciennement conservé par le Séminaire de Nicolet (TA-39)
Bataille de Carillon, extrait Nos Racines, l’histoire vivante des Québécois, no 25 p. 490-491

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