LES SŒURS GRISES ET L’HÔTEL-DIEU DE NICOLET

Lors de son accession à l’épiscopat, Mgr Gravel, premier évêque du diocèse de Nicolet, manifeste son désir d’ouvrir un Hôtel-Dieu pour le soin des pauvres, des malades, des vieillards et des orphelins. Il s’adresse alors à Mère Archambeault, supérieure générale des Sœurs de la Charité à Saint-Hyacinthe, pour lui faire part de son projet : « Envoyez-moi des sœurs qui reproduisent votre esprit et nous n’en demandons pas d’avantage. ». Sa requête acceptée, le 18 août 1886 la Mère Youville (Aurélie Crépeau) accompagnée de trois sœurs de sa congrégation arrivent à Nicolet. Ces religieuses dévouées poursuivent l’œuvre de leur fondatrice, Marguerite d’Youville, visant à venir en aide aux plus démunis de la société.
 
À l’âge de 21 ans, Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais épouse François d’Youville : « tête légère et, au surplus, adonné à l’ivrognerie et au gaspillage. Durement traitée par une belle-mère avare et laissée à ses propres ressources par un époux qui dévorait la fortune de la famille dans les divertissements. » Devenue veuve en 1730, Marguerite se consacre à l’éducation de ses deux fils, de même qu’aux pauvres de son entourage. En novembre 1837, elle accueille chez-elle une sexagénaire aveugle dont elle accepte de prendre soin. Le 31 décembre de cette même année, Mme d’Youville et trois autres bienfaitrices s’engagent à consacrer leur vie au service des pauvres. Ce moment marque la date de fondation des Sœurs de la Charité de Montréal. Le surnom de Sœurs Grises, lui, trouverait son origine dans les pratiques commerciales douteuses que François D’Youville entretenait avec les Amérindiens alors qu’il troquait de la boisson pour de la fourrure : « Madame d’Youville et ses compagnes sont calomniées, accusées de continuer le trafic du défunt mari et de s’enivrer elles-mêmes, d’où le sobriquet de Sœurs Grises ». Ne pouvant se soustraire à ce surnom, Marguerite d’Youville l’accepte avec humilité.
Ce sont quatre dignes représentantes de Marguerite d’Youville qui arrivent à Nicolet en août 1886. Une maison de la rue Signay leur sert de première résidence. Les religieuses se mettent aussitôt à l’œuvre et exercent leur tâche dans la plus grande pauvreté. Les dons affluent rapidement et la nouvelle congrégation peut compter sur de généreux bienfaiteurs comme Mgr Douville, Évariste Lecomte et George Ball qui contribuent à adoucir leur mission. Dès le 1er janvier 1887, sept postulantes se préparent à devenir sœurs et dix personnes âgées résident dans le nouvel Hôtel-Dieu. En octobre 1889, les religieuses accèdent à un nouvel établissement plus spacieux ce qui leur permet d’ouvrir leur premier orphelinat dès le mois de novembre suivant. La mission prend son essor. L’œuvre de bienfaisance se développe au rythme du recrutement des vocations et l’institution se solidifie. Au fil des années, l’œuvre de Sœurs Grises se déploie à l’extérieur de Nicolet. Elles fondent l’hospice Sainte-Anne à Saint-Célestin en 1898, l’hôpital Sainte-Croix de Drummondville en 1912, l’hôpital de La Tuque, en 1929 et plusieurs autres établissements dans le grand nord et l’ouest canadien, de même qu’au Brésil.
La communauté est lourdement éprouvée en 1955, année néfaste pour Nicolet. Au mois de novembre, l’Hôtel-Dieu échappe de peu à l’éboulis qui engloutit l’école de frères et démolit la moitié de l’évêché. La bâtisse des Sœurs Grises est sauve, mais il faut néanmoins l’évacuer par précaution. Des travaux de réfection s’imposent avant le retour des bénéficiaires prévue aux alentours du temps des fêtes. Or, le 31 décembre 1955, à l’aube, un incendie détruit presque entièrement l’Hôtel-Dieu. Seule une section construite en 1939 est miraculeusement épargnée par les flammes que les religieuses réintègrent deux ans plus tard. Elles y logent en attendant la fin des travaux de reconstruction de leur nouvelle bâtisse inaugurée en 1960. La mission des Sœurs Grises se termine en 1997, alors que le foyer de Nicolet devient le Centre d’accueil Marguerite d’Youville et se transforme en CHSLD. L’École Nationale de Police du Québec en occupe les locaux jusqu’à le démolition complète du bâtiment en 2015.
 
Références :
 
Fonds Société d’Histoire Régionale de Nicolet F238/E12/13
Fonds Albertus Martin F277/M195/3
 
Hôtel-Dieu vers 1950, Photo Henry Laliberté, Fonds Séminaire de Nicolet F085-P4425
Hôtel-Dieu en 1986, Fonds Denis Fréchette, F224-B1-4-9
Image pieuse de Marguerite D’Youville, Fonds Albertus Martin, F277-I111-1-94

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