LES ABNÉNAKIS DE WÔLINAK

Au début du 18e siècle, on retrouve déjà plusieurs Abénakis à Saint-François-du-Lac et quelques familles du côté de la rivière Bécancour. Toutefois, plusieurs membres de cette nation ayant fui la famine et la persécution anglaise en Acadie et en Nouvelle-Angleterre, habitent toujours les abords de la rivière Chaudière. Le gouverneur de Vaudreuil exprime le désir de les réunir à Bécancour afin d’offrir un rempart aux intrusions iroquoises, comme cela se fait déjà sur la rivière Saint-François. Une entente se conclue avec le seigneur de Bécancour et ce dernier consent à céder une partie de son domaine pour l’établissement anticipé. Le 30 avril 1708, on entérine l’acte de donation et les premiers arrivants s’installent sur l’île de Montesson. Seigneur et amérindiens vivent en harmonie durant les premières années. Or, les relations s’enveniment lorsque M. Montesson succède au seigneur de Bécancour. Le nouveau seigneur accuse les Abénakis d’occuper illégalement leur domaine et les expulse de l’île où ils résident depuis trente ans : « La conduite du nouveau seigneur à leur égard fût certainement un peu dure, mais nous devons toutefois avouer que son droit de propriété sur cette île était incontestable, car elle n’était pas comprise dans le domaine cédé aux Abénakis en 1708. »

Les autochtones, forcés d’abandonner leur premier village, se fixent sur une petite île de la rivière Bécancour quelques arpents plus haut que l’église actuelle. Ils y demeurent fort peu de temps et se retirent ensuite sur une seconde île, que la maladie et les inondations les forcent de nouveau à quitter. En 1735, ils s’installent enfin sur le terrain qu’ils occupent actuellement. Ils construisent une église en bois, de 60 pieds sur 30, dont le Père Eustache Lesueur assure le ministère. Bécancour ne possède pas encore d’église à cette époque. Les paroissiens doivent alors se rendre chez les Abénakis pour assister à la messe. Après la construction de l’église de Bécancour, en décembre 1757, les Canadiens continuent néanmoins de fréquenter le lieu de culte des amérindiens. Cette situation engendre jalousie et friction entre les deux communautés. Au point de semer le doute sur l’origine de l’incendie qui détruit complètement l’église des autochtones par une nuit obscure de la fin de décembre 1757 : « Quelques-uns ont pensé, peut-être avec raison, que cet incendie avait été le fait de quelques canadiens afin d’obtenir la résidence de leur curé à leur église. » Suite à ce désastre, celle-ci n’est jamais reconstruite et les Abénakis doivent alors fréquenter la nouvelle église paroissiale.

Cependant, la population abénakise de Wôlinak diminue significativement au fil des années. Des 500 individus que compte initialement la petite communauté, on n’en dénombre plus que 300, vers 1760. Ce déclin se confirme d’année en année, de même que l’acharnement à vouloir constamment réduire l’étendue de leur territoire initial. Cette ingratitude, doublée d’un abus de pouvoir, atteint son paroxysme durant de la guerre de 1812, alors que les Abénakis combattent courageusement les Américains auprès des troupes canadiennes. De retour chez eux, une fois le conflit terminé, ils retrouvent leur domaine divisé en lots et distribués à des Blancs. On ne leur accorde même pas un lopin de terre où ils puissent se retirer : « Irrités d’une pareille injustice, ils se jetèrent avec fureur sur les maisons, construites dans leur village, les détruisirent et défendirent, les armes à la main, ce morceau de terre. De cette manière, ils purent conserver deux petites îles de la rivière Bécancour et environ soixante arpents de terre. Voilà tout ce qu’ils ont pu conserver de leur domaine. » Malgré la légitimité de leur droit, les autorités demeurent sourdes aux réclamations des Abénakis qui désirent récupérer leur terre. Le 3 mars 1858, ceux-ci adressent une lettre à la législature canadienne dans laquelle ils dénoncent l’injustice avec laquelle on les a dépossédés de leurs propriétés. Un comité se forme pour les sortir de la misère et une pension de 200$ par année leur est octroyée, mais rien n’est fait pour restituer leur terre initiale. À défaut de protecteur influent, soutenus minimalement par le gouvernement, les Abénakis de Wôlinak doivent leur survie à leur ténacité et à leur résilience.

 

Référence : Société d’Histoire Régionale de Nicolet, F238/E12/9, Histoire des Abénakis par Charles Wawanolett

Photo : Reproduction d’un dessin conservé par la ville de Montréal, Fonds Fernand R. Obomsawin F508-105

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