SAINT-CÉLESTIN ENTRE PÈLERINAGES ET PROHIBITION

Une première mission, désignée Saint-Pierre-Célestin en l’honneur du pape du même nom, voit le jour en 1848 dans la seigneurie concédée à Pierre Godefroy de Roquetaillde en 1675. Lors de l’érection canonique en 1850, on soustrait Pierre de la première dénomination pour désigner la nouvelle paroisse du nom de Saint-Célestin. En 1896, on rebaptise le village Annaville en hommage à une relique de la bonne Sainte Anne rapportée de Rome par Mgr Marquis et qualifiée d’artéfact unique en Amérique. Anne se traduisant Anna en latin on lui accole la terminaison ville, comme cela se fait couramment au Québec. Ce patronyme n’intègrera jamais réellement le langage populaire et le village récupèrera officiellement le nom de Saint-Célestin, en 1991. En 1898, Mgr Calixte Marquis, curé de la paroisse de 1854 à 1877, revient d’un long séjour à Rome avec, dans ses malles, 6200 reliques de saints. Avide d’en faire bénéficier le public, il fonde la Tour des Martyrs dont la popularité croissante inspire de nombreux fidèles de tous les coins de la province à converger vers Saint-Célestin. En 1930, la Tour atteint une telle renommée qu’elle attire désormais des pèlerins d’un peu partout en Amérique. À l’époque, on avance même qu’il s’agit du lieu de pèlerinage le plus fréquenter à l’extérieur du Vatican. Dans la foulée de la révolution tranquille la fréquentation des pèlerins diminue et on procède à la démolition de la Tour en 1975.

Visant à préserver la paix sociale, un règlement municipal, adopté le 20 avril 1907, interdit : « la vente des liqueurs enivrantes dans les limites de la municipalité de St-Célestin depuis et après le premier jour de mai 1907 jusqu’au 30 avril 1908. » En réalité, cette prohibition durera 60 ans. Un référendum, tenu le 10 janvier 1966, sollicite les citoyens à se prononcer sur la nécessité ou non de prolonger l’interdiction de la vente de boisson alcoolisée sur le territoire de Saint-Célestin : 89 personnes votent contre la prolongation et 276 pour. Deux ans plus tard, soit le 17 février 1968, un second référendum visant à autoriser la vente de boisson alcoolisée dans les épiceries du village, est soumis à la population. Cette fois, la majorité des gens consultés votent pour la fin de l’interdiction.

On conçoit donc aisément que durant ces années de prohibition le cercle des Lacordaire occupe une place importante à Saint-Célestin. Un Saint-Célestinois, Roger Ellyson est même le président provincial. M. Ellyson est un personnage très actif au sein de sa communauté. Il se démarque particulièrement en organisant les festivités du centenaire de la paroisse qui connaissent un succès considérable, en juillet 1950. Cette année de commémoration se voit toutefois assombrie par le décès de M. Ellyson qui périt, en compagnie d’une cinquantaine de passagers, lors de l’écrasement de l’avion « Le Pèlerin Canadien » dans les alpes françaises, le 13 novembre 1950. Ce drame plonge les Saint-Célestinois dans le deuil. L’évêque de Nicolet, Mgr Albertus Martin, officie un premier service solennel le 17 novembre. Le lendemain, des centaines de membres du mouvement Lacordaire, en provenance de toutes les régions de la province et même de l’extérieur, convergent vers Saint-Célestin pour assister à un second office funéraire: « On compte plus de 300 drapeaux Lacordaire et plus de 2000 personnes. Aucun homme, fu-t-il premier ministre de son pays, n’aura fait accourir à ses funérailles autant de personnes. » En juin de l’année suivante, lors d’un grand pèlerinage des Lacordaire provinciaux à Saint-Célestin, ces derniers profitent de l’occasion pour dévoiler officiellement un monument érigé en la mémoire de leur ancien président, Roger Ellyson.

Les Dames de Sainte-Anne, le Cercle des Fermières, les Chevaliers de Colomb, toutes ces associations participent activement au développement social de Saint-Célestin. Par contre, on connaît peut-être un peu moins la société de la Bonne-Mort, dont la première assemblée a lieu le 19 mars 1900. Dans un court préambule, les instigateurs précisent les motifs qui les inspirent à fonder cette association : « N’est-il pas vrai qu’on ne prie presque plus pour les défunts. (…) Qui priera pour nous lorsque nous serons partis de ce monde? Voilà le principal motif de cette association de la bonne mort : obtenir forcément des prières après la mort par la récitation du chapelet et l’offrande du Saint-sacrifice de la messe. » Chaque membre de l’association s’engage à dire un chapelet au décès d’un confrère. Une contribution annuelle de 25 cents est exigée pour défrayer les messes chantées pour les défunts associés, dont le nombre de membres se maintient plus ou moins autour de la centaine annuellement. Le registre s’interrompt brusquement en 1930, date présumée à laquelle la société cesse ses activités.

Références : Fonds Fabrique Saint-Célestin, F401/A3/10, F401/A3/14
Photos :
Funérailles de Roger Ellyson en 1950, F085-P9395
Tour des Martyrs F401-A9-7

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