DU BASSIN SAINT-THOMAS À LA FONDATION DE SAINT-ELPHÈGE

Lors de la colonisation des terres au sud du Saint-Laurent quelques paroisses se retrouvent dans la controverse. Face à une démographie croissante, certaines d’entre elles voient leur territoire menacer d’annexion ou de division. La perception de la dîme se retrouve au cœur de ces démêlées. Voilà ce que nous pouvons constater en consultant les documents d’archives du Fonds de la Fabrique de Saint-Zéphirin conservés au CAR Séminaire de Nicolet. Après l’érection canonique de leur paroisse, le 10 mai 1828, les Saint-Zéphiriens continuent de se rendre à la Baie-Saint-Antoine (Baie-du-Febvre) pour entendre la messe. Ce qui entraîne certains différends, comme la « guerre des bancs » qui naît de l’intention d’interdire aux fidèles de Saint-Zéphirin l’accès au banc familial dont les droits sont vendus annuellement. Il faudra attendre la construction d’une première église, bénite le 18 novembre 1845, avant que Saint-Zéphirin n’obtienne un curé résidant dans la paroisse. Arsène Mayrand, tout juste rapatrié d’une mission au Manitoba, s’estime en pénitence dans cette paroisse de 851 âmes, qu’il qualifie de « détestable ». Cette attitude acrimonieuse l’éloigne de ses ouailles qui se révèlent réticents à lui verser leur part de dîme. Dans de nombreuses lettres expédiées à ses supérieurs, il se plaint constamment de la précarité de ses finances et de la désuétude de son logis. Il ne cesse de réclamer une autre cure qui l’éloignerait enfin de la « savane de Saint-Zéphirin ». Le curé Mayrand s’en prend, entre autres, aux quelques familles irlandaises habitant les rives de la rivière Nicolet près de Saint-Monique. Il leur reproche d’assister aux services religieux offerts à Saint-Zéphirin sans jamais payer la dîme. Les Irlandais expliquent qu’il leur coûte déjà beaucoup de devoir franchir plusieurs lieux pour se rendre à l’église et, qu’en plus, ils ne sont pas desservis dans leur langue.

C’est dans ce contexte que le partage du territoire et des revenus de la dîme devient une source de conflit entre certaines paroisses environnantes. En 1870, les habitants du lieu-dit du Côteau, ou du Bassin Saint-Thomas, près de la rivière Saint-François, expriment officiellement à Mgr Laflèche leur volonté d’ériger une église sur leur territoire. Afin de garantir un nombre suffisant de fidèles pour la réalisation de ce projet, les demandeurs réclament l’annexion des résidents de la concession Saint-Michel (le rang Saint-Michel) à leur nouvelle paroisse. Mgr Laflèche semble favorable à l’annexion, tandis que les paroissiens de ladite concession manifestent vivement leur désapprobation. Dans une lettre datée du 26 novembre 1870, les réfractaires expriment leur désaccord en ces termes: « (…) c’est avec peine que nous avons appris la résolution prise par les habitants de la concession appelée le Côteau de nous annexer à eux pour la construction d’une église (…) et de nous détacher de ladite paroisse de Saint-Zéphirin. Que si ce changement a lieu ça nous oblige à descendre une route de trente arpents qui devient très mauvaise dans la saison du printemps (…) Nous n’avons qu’une église à bâtir à Saint-Zéphirin, tandis que nous serons tenus de bâtir église, presbytère et dépendances au côteau. En conséquence nous prions humblement Votre grandeur de ne jamais permettre que nous soyons détachés de la paroisse de Saint-Zéphirin ». Les auteurs de la missive font ici référence à un décret récemment signé par Mgr Laflèche autorisant la construction d’une nouvelle église à Saint-Zéphirin. Celle-ci devant remplacer la première chapelle inaugurée en 1845, jugée désormais caduque. L’éventuelle fondation d’une nouvelle paroisse sur leur territoire ne fait pas l’unanimité auprès des tenanciers du Bassin Saint-Thomas dont plusieurs d’entre eux privilégient le statu quo. Cela, malgré les quatre lieues et demi à franchir pour aller entendre la messe à Saint-Thomas-de-Pierreville. D’autres préconisent plutôt l’annexion avec Saint-Zéphirin, ce qui ne déplaît pas au curé en poste, Narcisse-Édouard Ricard : « Je n’ai pas besoin d’eux. Mais eux comprennent pour eux-mêmes que leur avantage sous tous les rapports est de s’annexer ici ». Le différend, parfois virulent, se poursuit durant des années et les requêtes enfin d’influencer la décision de l’évêque se multiplient. Finalement, en 1885, le député de Yamaska, M. Wurtele, fait pression auprès de Mgr Elphège Gravel, premier évêque du diocèse de Nicolet, pour l’érection d’une nouvelle paroisse au Bassin Saint-Thomas. L’évêque prend tout le monde par surprise en accédant rapidement à cette demande, alors que son prédécesseur, Mgr Laflèche, préconisait plutôt l’annexion à Saint-Zéphirin. Le 19 avril 1886, Mgr Gravel met un terme définitif à cette dispute de clochers en procédant à l’érection canonique de la nouvelle paroisse que l’on nomme Saint-Elphège en son honneur.

Références :
Fonds Fabrique Saint-Zéphirin, F504/E14/1

Numérisation : une partie de la carte MRC de Nicolet-Yamaska

Cette carte a été réalisée par :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :