GILLES MASSON ET LA SEIGNEURIE DE SAINT-PIERRE

En 1946, la Société d’Histoire Régionale de Nicolet reçoit le journaliste Raymond Douville à titre de conférencier. Son sujet : « Gilles Masson et l’établissement des premiers colons dans la seigneurie de Saint-Pierre ». On a longtemps cru que cette concession avait été accordée à Romain Becquet, dès 1672. Or, un examen attentif de l’inventaire effectué après le décès de ce dernier contribue à remettre en question la légitimité de cette date. Selon les documents officiels, c’est la concession du fief de l’île Madame près de Québec qui lui est accordée, en 1672. Il faut ensuite attendre jusqu’au 26 octobre 1678 pour que le gouverneur Frontenac lui concède la seigneurie de Saint-Pierre et jusqu’au 10 février 1679 avant que l’intendant Duchesneau officialise la concession.

Le 12 mars 1683, une ordonnance de l’intendant de Meulles déclare Romain Becquet déchu de sa concession : « Faute par lui de les avoir mis en valeur ». Dès le 27 avril suivant, pour une raison inconnue, les autorités restituent la concession aux orphelines, Marie-Louise et Catherine-Angélique Becquet: « Avec en plus les îles, battures qui sont dans le dit fleuve au-devant dudit espace ». La confirmation royale, elle, est signée le 15 avril 1684. Or, à l’instar de leur père, les sœurs Becquet laissent la seigneurie à l’abandon pendant plusieurs années. « C’est pendant cette période que Gilles Masson fit sa tentative de colonisation à cet endroit, sous le titre de Seigneur de la Coste et Seigneur de Saint-Pierre ». Ce dernier est déjà âgé de 70 ans, lorsqu’il manifeste, en 1699, la volonté d’établir des colons dans la seigneurie demeurée en friche. Il octroie sa première concession, un lot de 10 arpents de façade sur 40 de profondeur, à Laurent Brunsart, le 16 août 1699. L’acquéreur s’engageant à payer au sieur Masson : « en rente foncière le jour de la Saint-Martin de chaque année un minot de blé et deux chapons vifs ». Ce contrat et tous les autres subséquents sont officialisés dans la résidence de Gilles Masson à Sainte-Anne-de-la-Pérade. Ce dernier n’ayant probablement jamais résidé dans la seigneurie de Saint-Pierre. Selon le conférencier Raymond Douville, Gilles Masson nomme la seigneurie d’après le prénom de son fils Pierre, qu’il considère comme son successeur. D’ailleurs, il est permis d’avancer que celui-ci réside à Saint-Pierre dès 1700, soit trois ans plus tôt que la prise en charge officielle de sa concession. Pour avancer cette hypothèse, le conférencier se base sur les registres paroissiaux de Sainte-Anne. En date du 6 février 1701, ceux-ci font mention du baptême de Gilles Masson, fils de Pierre et de Catherine François, né le 7 décembre précédent. Le 7 octobre 1702, ces mêmes registres inscrivent le baptême de Marie-Catherine Masson, fille de Pierre, née le 20 septembre de cette même année. Le délai entre les dates de naissance et celle des baptêmes, de même que l’absence de prêtre dans la seigneurie, tout indique que Pierre Masson et sa femme résident à Saint-Pierre au moment de la naissance de leurs deux premiers enfants.

Le conférencier Douville affirme avoir retracé au moins dix-huit titres de concessions émis par Gilles Masson sur la seigneurie de Saint-Pierre entre 1699 et 1713. Après le décès de ce dernier, survenu le 26 mars 1716, ses héritiers se retrouvent confrontés au seigneur Lévrard qui, dès le 25 mars 1714, obtient de la part de l’intendant Bégon l’ordonnance suivante : « toutes les terres qui se trouveront concédées par le dit Gilles Masson (…) demeureront réunies au domaine de la dite seigneurie, a condamné les dits habitants à prendre titre nouveau du dit seigneur Lévrard. » Cinq ans plus tard, soit le 10 mars 1719, l’intendant Bégon ordonne que toutes les concessions accordées dans le passé, et sur lesquelles les habitants n’avaient pas habité en permanence, feraient, elles aussi, désormais partie de la seigneurie Lévrard. « C’est pourquoi l’on ne trouve, au temps où le seigneur Lévrard commença à peupler réellement sa seigneurie, vers 1730, aucun des concessionnaires de Gilles Masson. De 1708 à 1730, le seigneur Lévrard a obligé les intendants du pays à rendre plus de jugements et d’ordonnances qu’il ne passa de colons dans la seigneurie. Il est évident que les habitants n’étaient pas pressés d’aller se mettre sous la férule de son exigeante autorité ».

Références :
Fonds Société d’Histoire Régionale de Nicolet F238/E12/22
Fonds Fabrique Saint-Pierre-les-Becquets, F330/A15/5
Société d’histoire et de généalogie Lévrard-Becquet (shglb.com)

Église de St-Pierre-les-Becquets vers 1877 – reproduction Photomaje 1992 F085-P5244
St-Pierre-les-Becquets – verger du presbytère en 1941 F229-C5-298

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