UN VACCIN CONTRE LA DIPHTÉRIE À BAIE-DU-FEBVRE

Le fonds d’archives de Robert Élie fait partie des plus récentes acquisitions du CAR Séminaire de Nicolet. Robert Élie est le fils d’Antonio Élie qui fut député de Yamaska à l’assemblée nationale de 1931 à 1966. En plus de dresser un portrait des activités d’une ferme composée d’un cheptel de vaches laitières pur-sang, ce fonds témoigne aussi de l’histoire du village de Baie-du-Febvre au cours du vingtième siècle. Quelle surprise alors en consultant ces documents de constater à quel points certains sujets demeurent d’actualité, comme celui de la vaccination par exemple. Dans une lettre transmise au sous-ministre de la santé, Jean Grégoire, datée du 9 février 1938, le député Élie prie le ministère de distribuer gratuitement, aux enfants de Baie-du-Febvre, un vaccin visant à stopper la propagation de la diphtérie qui sévit dans la région. Cette demande vient appuyer deux requêtes similaires formulées peu de temps auparavant par les élus municipaux de Baie-du-Febvre. Voici un extrait de la réponse que le sous-ministre Jean Grégoire fait parvenir par voie épistolaire au député Élie, le 12 février 1938 : « Nous avons en effet établi comme principe bien logique de ne distribuer nos produits biologiques que dans les comtés pourvus d’unités sanitaires, pour l’excellente raison que la population de ces circonscriptions contribue financièrement au maintien de ces organismes de santé publique, alors que les districts non organisés n’y contribuent pas. En toute justice, il ne serait pas équitable de donner à ceux-ci un traitement équivalent à celui dont bénéficient les comtés pourvus d’un service d’hygiène publique, avec un système contributoire. Vous reconnaîtrez, j’en suis sûr, la justesse de ces représentations ». La réaction du député ne se fait pas attendre. Dans sa réplique datée du 15 février 1938, il écrit: « J’acquiesce parfaitement au raisonnement que vous tenez dans votre lettre du 12 courant, si on se place au point de vue affaire tout simplement. Mais il y a le point de vue humanitaire. À votre raisonnement, il faudrait donc laisser à eux-mêmes les enfants de toutes municipalités dont les citoyens n’auraient pas eu l’avantage de se former en unité sanitaire. Laissez-moi vous admettre que je considère votre raisonnement plutôt ridicule, pour ne pas dire plus. Je sais que l’anatoxine Ramon ne coûte que 0.19 cents par traitement complet de trois injections. J’ose croire que le budget de votre département n’est pas épuisé au point de ne pouvoir absorber une dépense si peu élevée, quand bien même elle se chifferait à l’immunisation de quelques deux cent enfants. Je considère que la vie de nos enfants est plus importante pour la province que les lois et règlements qui régissent les unités sanitaires, et c’est pourquoi j’insiste pour qu’en cette occurrence, la loi générale ne soit pas appliquée. Il faut être humain à la fin ». Soucieux de protéger sa population, le député Élie demande au Secrétaire Provincial, Albani Paquet, d’intercéder en sa faveur auprès du ministère, en précisant : « le Dr A. Lemire, de La Baie, était disposé à injecter ce sérum gratuitement. J’ose croire, mon cher collègue, que sur ma recommandation, vous ne refuserez pas de venir en aide à ces gens ».

Les démarches du député de Yamaska portent fruits. Le ministre de la santé prend connaissance du dossier. Dès le 2 mars 1938, le sous-ministre, Jean Grégoire, écrit au docteur Lemire de Baie-du-Febvre : « À la suite des représentations spéciales qui nous été exposées par l’honorable M. Antonio Élie, je suis chargé de vous faire l’expédition de la quantité nécessaire d’anatoxine Ramon pour l’immunisation complète de cent enfants domiciliés dans l’arrondissement scolaire no. 4 de votre municipalité ». L’insistance du député semble irritée quelques membres du parlement, puisque le sous-ministre se permet d’insister : « Ce produit biologique est destiné évidemment aux enfants des familles nécessiteuses, car il est tout à fait contraire à nos habitudes dans faire l’expédition dans les comtés qui ne sont pas pourvus d’une unité sanitaire ». Peu importe la semonce ministérielle, la ténacité d’Antonio Élie à se confronter à une loi qu’il considère injuste et inhumaine permet néanmoins d’immuniser sa population la plus vulnérable contre la diphtérie. Notons qu’il s’agit d’une maladie contagieuse potentiellement mortelle affectant les voies respiratoires, qui, à l’époque, fait encore de trop nombreuses victimes parmi les moins nantis de la société.

Référence :
Fonds Robert Élie, F502/B3/14

Docteur Lemire F085-P9690 en 1935, photographe J.E. Janelle
Assemblée législative de la province de QC – 1936 / F046-E8-4-15

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