ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20E SIÈCLE (2) : LE QUOTIDIEN

Dès son arrivée à la mission, sœur Marie-Lucienne-de-Jésus constate qu’elle est précédée d’une réputation de soignante. La pénurie de médecins ou de personnel infirmier est criante. Les autorités promettent de recruter des missionnaires possédant quelques connaissances dans le domaine médical : « Je ne vous ai pas dit que le vieux père chinois avait écrit à mère supérieure pour lui demander une sœur sachant soigner les malades. Je ne sais pas comment ça c’est fait, mais toujours est-il que je me suis trouvée être la sœur tant attendue. » Les maladies que les religieuses sont appelées à traiter proviennent, pour la plupart, de l’insalubrité engendrée par la pauvreté et les conditions d’hygiènes sanitaires toujours rudimentaires dans ce pays : « Ce matin encore est venu un homme qui a été mordu par un chien il y a quatre ans et la plaie n’a jamais guéri. » On consulte parfois pour des problèmes plutôt inusités : « Un petit garçon s’était coupé un doigt, la pauvre mère a apporté le bout du doigt dans un morceau de papier, me suppliant de le recoller. Il y en a qui ont mal aux yeux et me demandent de leur tâter le pouls pour leur dire s’ils ont beaucoup de mal. » La reconnaissance des patients, guéris de leurs blessures ou soulagés de leurs maux, semble parfois démesurée considérant le dénuement général de ces pauvres gens. Cette gratitude prend habituellement la forme d’une abondance de victuailles, (melons d’eau, bœuf cuit, œufs ou galettes de sarrasin etc.) qu’il est impossible de refuser à ces gens sans leur porter offense.

La mission continue son œuvre quotidienne, ponctuée de petites joies et de fêtes occasionnelles. Le nouvel an chinois demeure l’événement le plus festif de l’année, comme en témoigne Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus : « Toute la journée nous avons reçu des saluts, c’est la règle de donner en échange une poignée de noix. C’est drôle de voir des hommes de 40 ans ou 80 ans, étendre leur robe pour recevoir quelques noix. Les fêtes du jour de l’an durent huit jours chez les chrétiens et 15 jours chez les païens. Pendant ce temps toutes les auberges sont gratuites. Même on peut loger chez n’importe quel particulier, tous sont obligés de bien recevoir leurs hôtes et ils ne peuvent pas réclamer un sou. Pendant ces quinze jours on ne peut pas non plus se chicaner. C’est une réconciliation générale, quitte à se reprendre après. ».

Cependant, les tensions politiques constituent toujours une menace pour les étrangers. Dans une lettre datée du 26 avril 1905, sœur Marie-Lucienne apporte certaines précisions relativement aux persécutions dont sont toujours victimes les catholiques, en Chine. Malgré une conclusion se voulant rassurante, on devine une certaine tension derrière les propos de cette missive : « Je ne vous écrit qu’une petite lettre pour vous mettre au courant des événements afin que s’il arrive quelque chose vous soyez prévenus. En ce moment on ne parle que persécutions ici, tous les chrétiens sont consternés et on nous conseille de fuir. Il parait qu’il y a des boxers (nom attribué aux révoltés chinois) à quelques jours d’ici, qu’ils s’assemblent toutes les nuits pour apprendre à tuer les autres sans êtres tuer, eux. Ils disent, parait-il, que cette année ils commenceront par ici parce qu’il y a des Européens. On dit encore qu’on nous enveloppera d’étoffe et d’huile de lin pour nous faire brûler à petit feu. Que nous n’attendons que les ordres de monseigneur pour aller nous cacher. Cependant, tout ça n’est que bruit et paroles ; en réalité, il n’y a encore rien eu. » Le massacre de sept Franciscaines, survenu au même endroit cinq ans auparavant, demeure bien présent dans les mémoires. Il est cependant difficile de croire que la lettre de sœur Marie-Lucienne soit parvenue à apaiser les craintes légitimes de sa famille qui s’inquiète pour sa sécurité. Son témoignage laisse néanmoins entendre que si la foi demeure la plus forte, celle-ci n’exclue pas la peur. La rébellion n’est pas le seul fléau à jeter de l’ombre sur la mission des Franciscaines. Lors de la prochaine publication, nous verrons à quel point les maladies infectieuses représentent, à la fois une terrible épreuve et un défi énorme à relever de la part de ces missionnaires.

Référence :
Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1

Pagode chinoise F373-B

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