ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20E SIÈCLE (3) : MALADIES ET RÉVOLUTION

En 1906, les persécutions continuent d’éprouver les étrangers séjournant en Chine. Or, ce fléau n’est pas la seule menace à laquelle sont confrontées les sœurs Franciscaines de la mission de Taiyuanfu. Elles doivent aussi conjuguer avec les maladies et les épidémies engendrées par la malpropreté et un environnement parfois très hostile : « Il y a une épidémie de maux d’yeux, plus de 100 de nos orphelines sont atteintes, plusieurs sont déjà devenues aveugles. Je crois que la poussière est la cause de ce mal d’yeux. La sécheresse est extraordinaire. La poussière obscurcit parfois le ciel, on dirait une éclipse ». La fièvre Typhoïde fait aussi des ravages. Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus la contracte au cours du mois de juin 1906 : « J’ai été obligée de prendre le lit. Je n’ai pas été à l’extrémité, mais ma maladie causa un peu d’inquiétude, surtout pendant les 3 jours que j’eus le délire ». La religieuse minimise visiblement la gravité de sa maladie pour ne pas inquiéter ses proches; car, en réalité, elle met plusieurs mois avant de parvenir à s’en remettre et à récupérer l’entièreté de ses forces. Puis, voilà qu’au début de l’année 1911, la peste commence à se répandre dans les provinces environnantes : « C’est une curieuse maladie qui prend sur les poumons et emporte en quelques heures. Surtout ne vous effrayez pas. La contagion atteint surtout les pauvres gens affaiblis par les privations ». Naturellement, les religieuses n’hésitent pas à se mettre elles-mêmes en danger pour soigner ces pauvres gens.

La révolution chinoise éclate le 29 octobre 1911. Quelques semaines plus tard, profitant d’une accalmie, Antoinette Élie écrit à ses parents une lettre de 14 pages dans laquelle elle décrit au quotidien le fil des terribles événements dont elle continue d’être témoin. Voici quelques extraits de ce récit bouleversant: « Dimanche matin, vers 7 heures, nous entendîmes des coups de feu. En sortant de la chapelle nous trouvâmes un frère de la résidence qui venait nous dire que la révolution avait commencée. Toute la journée se passa en alerte. Au dehors on n’entendait que des décharges de fusil et de canons. Ce n’est qu’au matin que nous avions su que nous avions couru le plus grand dangerC’est un vrai miracle si nous y avons échappées. Une partie de la ville a été brûlée et le peuple s’est mis à voler. Ce fut un pillage épouvantable. Même les soldats chargés de protéger la mission voulurent s’échapper pour aller s’enrichir avec les autres. Les chefs ordonnèrent de tuer tous ceux qui continueraient à voler. Le chef républicain prit deux épées et abattit 65 têtes avec l’aide de ses officiers. Ce n’est que vers 2 heures le 30 octobre qu’on parvint à maîtriser cette foule ameutée. On parle de 2000 morts. Dans la ville, on ne voyait que les cadavres dont la tête avait été suspendue aux poteaux des lampes électriques. ».  Les troubles, qui menacent continuellement la mission, se poursuivent durant des semaines avec son lot de pillages et de carnages. Les Franciscaines sont témoins d’atrocités indescriptibles et craignent de plus en plus pour leur sécurité personnelle : « Le 11 décembre, Monseigneur est venu nous dire de fermer et même de murer toutes les portes. De nouveau les pauvres gens affolés accouraient se réfugier chez-nous. Nous avons pu en recevoir environ 600 femmes et enfants. La garde s’organisait chez les pères, 80 fusils étaient distribués aux chrétiens, même nos pères séminaristes se firent soldats d’occasion. Vers 5 ½ heures une vingtaine de soldats armés essayèrent de défoncer nos portes. Ils furent reçus par nos hommes qui montaient la garde et s’enfuirent. Un peu plus tard, ils revenaient une centaine. Nos gardiens les repoussèrent de nouveau ». Sœur Marie-Lucienne conclue le récit des évènements en ces termes : « La ville était livrée à elle-même. Les portes restaient ouvertes la nuit. Chacun faisait ce qu’il voulait, n’est-ce pas un miracle que nous n’ayons rien souffert »?

 Des attaques sporadiques continuent de menacer la mission durant de longs mois avant qu’une paix relative s’installe dans la région. Des pourparlers visant à mettre fin aux hostilités sont entamés, des troupes sont envoyées en renfort et la mission retrouve une certaine tranquillité.La rébellion se poursuit, meurtrière, mais elle représente aussi un pas vers le progrès. Déjà certaines traditions contestables comme les « petits pieds » sont remises en question et les provinces chinoises se modernisent progressivement : « Nous avons la lumière électrique depuis quelques jours. Toute la ville est éclairée. Les rues principales sont pavées. Bientôt on ne se croira plus en Chine » ironise la Franciscaine, sachant qu’une civilisation millénaire ne se modernise pas en quelques années. Durant quinze ans, sœur Marie-Lucienne-de-Jésus, originaire de Baie-du-Febvre, aura connu une destinée hors du commun en se dévouant entièrement à sa tâche de missionnaire au cours de l’une des périodes historiques la plus tourmentée de la Chine millénaire. Elle aura su surmonter des épreuves hors du commun grâce à son courage et à sa foi inébranlable. 231 lettres composent la correspondance du fonds Antoinette Élie conservé au CAR Séminaire de Nicolet. Ces précieuses lettres s’échelonnent sur une période de plus de soixante ans et représente une source de renseignements remarquables sur l’expérience des missionnaires en terres étrangères, de même que de la vie communautaire des sœurs Franciscaines à Rome.

Référence :
Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1

L’Annunziata, F373-B

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