CRÉATION DU DIOCÈSE DE NICOLET (3) : RÉSURGENCE DU PROJET 1875-76

En 1873, Mgr Laflèche doit se résigner devant le refus du Vatican de répondre positivement à sa demande de déménager le séminaire de Nicolet à Trois-Rivières. Cela ne l’empêche toutefois pas de prendre toutes les mesures contraignantes dont il dispose pour affaiblir financièrement et physiquement l’institution nicolétaine. Exacerbées par cette attitude, les autorités du séminaire et le clergé parviennent à la conclusion que seule la création d’un nouveau diocèse sur la rive sud pourrait régler la situation qui s’envenime de jour en jour : « Le 1er mai 1875, au nom de ses confrères de la rive sud signataires d’une pétition, l’abbé L.-S. Malo, envoie à l’archevêque Taschereau une supplique demandant le démembrement du diocèse de Trois-Rivières et la création du diocèse de Nicolet. » Leur requête reçoit un accueil favorable de la part du prélat. Dès le mois de septembre 1875, sous les conseils de l’archevêque de Québec, les pétitionnaires envoient à la Propagande une supplique dans laquelle ils expliquent leur démarche. Le 14 décembre 1875, après un examen attentif de la demande, la Propagande choisit de s’en remettre à l’approbation de l’assemblée des évêques. Informé de la démarche nicolétaine en février 1876, l’évêque de Trois-Rivières se prononce violemment contre et promet de la combattre avec toute l’énergie et les moyens dont il dispose.

La question divise en deux camps l’assemblée des évêques réunie au mois de mars suivant : Mgr Laflèche et les adeptes du statu quo d’un côté, l’abbé Calixte Marquis, appuyé par l’archevêque de Québec et les partisans de la partition, de l’autre. Après de vives discussions, le 12 avril 1876, Mgr Taschereau annonce au chef de la Propagande, Mgr Franchi, que les évêques se disent favorables au nouveau diocèse. Mgr Laflèche réagit promptement à ce qu’il juge un affront personnel. À peine un mois plus tard, il transmet au Vatican un mémoire plaidant contre le démantèlement de son diocèse. Il écrit même directement au chef de la Propagande pour lui faire part de ses arguments qu’il juge irréfutables: « La division du diocèse des Trois-Rivières serait considérée au pays comme une injustice extrême. Ce projet, appuyé sur un crime, serait un immense scandale. Si on fait cette division, on blessera au cœur 130,000 catholiques qui savent qu’il n’y a aucune raison d’agir ainsi, et qu’ils sont les victimes d’un malheureux faussaire et de honteuses intrigues. » Sans le nommer, Mgr Laflèche évoque ici le curé Marquis qu’il accuse de manigances et de mentir aux prêtres de la rive-sud afin de les convaincre de la nécessité de la création d’un nouveau diocèse.

Le déménagement du séminaire de Nicolet n’est pas l’unique raison sur laquelle les adeptes s’appuient pour revendiquer la partition. Une dîme visant à combler le déficit accumulé du diocèse de Trois-Rivières imposée en 1852, mais retirée par la suite à cause de son impopularité, redevient obligatoire en 1874. Cette taxe prélevant un dixième de leur revenu indispose fortement les prêtres de la rive sud. Un autre argument s’ajoute à leur demande : l’immensité du diocèse de Trois-Rivières dont le territoire s’étend des deux côtés du fleuve. La colonisation de la Mauricie, au nord, est appelée à s’accélérer dans les prochaines années. Le sud, pour sa part, compte déjà plusieurs paroisses et continue de se développer à un rythme soutenu. L’archevêque Taschereau se rallie entièrement à ces arguments et se dit favorable à la partition. À Trois-Rivières, on rejette catégoriquement la thèse de l’expansion prochaine de la Mauricie vouée essentiellement, selon Mgr Laflèche, à l’exploitation forestière.

Mandaté par ses collègues pour traiter des problèmes qui divisent l’épiscopat de la province de Québec, Mgr Laflèche s’embarque pour Rome le 16 juillet 1876. Il profite de l’occasion pour discuter de la division de son diocèse et désigner l’abbé Télesphore Harel à titre de procureur pour en défendre l’intégrité. Confiant de parvenir à rallier la Propagande à sa cause après avoir assuré ses arrières, l’évêque est de retour à Trois-Rivières au mois d’octobre suivant. Or, le Vatican ressent la nécessité de vérifier sur place l’état d’esprit dans lequel s’inscrit cette polémique autour d’un éventuel diocèse. C’est dans cette optique que la Propagande choisit d’envoyer Mgr Georges Conroy à titre de délégué apostolique pour étudier, entre autres, la question de la division du diocèse de Trois-Rivières. L’annonce de sa venue prochaine au Canada, en janvier 1877, encourage les deux camps à peaufiner leur argumentation afin de rallier l’émissaire de Rome à leur cause. Sollicité de toutes parts et d’une discrétion absolue, le délégué apostolique, ne laisse rien filtrer de ses intentions, tandis que les deux camps attendent avec angoisse de quel côté pencheront ses recommandations. (À suivre…)

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M176/2. Cahiers Nicolétains vol. 5, no1 et vol. 6, no 4

Photo : Carte du diocèse de Trois-Rivières avant 1883 C133-M5-3

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