CRÉATION DU DIOCÈSE DE NICOLET (6) : REPRISE DES HOSTILITÉS

En 1881, l’affaire de l’université Laval continue de faire des vagues. Dans deux décrets publiés au mois de septembre de cette même année, le pape Léon XIII n’hésite pas à réprimander Mgr Laflèche et les ultramontains qui vont à l’encontre de ses directives de neutralité politique. Dans la province, plusieurs membres du clergé exigent sa démission. L’évêque de Trois-Rivières persiste et, dès le mois d’octobre, s’embarque pour Rome. Pour les partisans de Nicolet, ce départ représente une nouvelle menace. Mgr Taschereau, archevêque de Québec, contre-attaque en envoyant régulièrement des documents compromettants à Rome, dont plusieurs articles de journaux jugés litigieux rédigés par l’évêque de Trois-Rivières et ses disciples. Mgr Marquis sort alors « discrètement » une supplique datée du 6 août, signée par le curé Malo de Bécancour, prêtre influent et hautement respecté par ses confrères de la rive sud. Ce dernier réitère son soutien en faveur du diocèse de Nicolet. Il peaufine son argumentation et insiste sur la colonisation qui, grâce au chemin de fer, continue de s’accélérer au nord comme au sud du diocèse de Trois-Rivières. Or, la requête du curé Malo a surtout pour but de souligner les manœuvres douteuses de Mgr Laflèche qui, selon lui, divisent le clergé : « À mesure qu’un bénéfice devient vacant dans le diocèse de Trois-Rivières, il est invariablement dévolu à un prêtre qui partage complètement les vues de Mgr Laflèche. Nous vivons au milieu d’un mélange de curés divergents d’opinions, de pratique et presque de mœurs; il en résulte un malaise indescriptible. » Les partisans de Trois-Rivières doutent fortement de l’authenticité de ce document. Le ton excessif de cette supplique semble indiquer, sinon son véritable auteur, tout au moins son inspirateur : l’abbé Calixte Marquis. On soupçonne ce dernier, qui a co-fondé la communauté des sœurs de l’Assomption, de vouloir se venger suite à la récente tentative avortée de Mgr Laflèche de transférer la maison mère de cette congrégation de Nicolet à Trois-Rivières.

En décembre 1882, Mgr Racine, évêque de Chicoutimi, se rend personnellement au Vatican défendre les dossiers de l’université Laval et du diocèse de Nicolet. Dans une lettre adressée au pape datée du 17 décembre, ce dernier soutient que « Le temps est venu de diviser le diocèse de Trois-Rivières et cela dans l’intérêt de Mgr Laflèche, lui-même. » Le même jour, il présente à la Propagande la supplique signée par le curé Malo le 6 août 1881 auquel il joint un résumé des arguments en faveur de Nicolet. En 1882, le curé Marquis s’installe à Rome où il pilote le dossier grâce à un réseau d’amis au sein de la Propagande. Il informe inlassablement les partisans demeurés au pays du cheminement de leur cause, tout en fournissant au Saint-Siège une masse de documents et de commentaires. À Nicolet, l’espoir renaît en constatant que la situation a considérablement évoluée en quelques années. La majorité des évêques accepte désormais l’idée de la partition, tandis que Mgr Taschereau fait de la création du diocèse de Nicolet une question personnelle. À Rome, tout un clan québécois, pouvant compter sur la complicité de certains cardinaux près de la Propagande, s’active. Les nicolétains sont donc informés des plus récentes décisions et se voient même refiler discrètement quelques documents confidentiels.

Coup de tonnerre, le 18 février 1883, Léon XIII accepte la division. Le 8 mars, le cardinal Simeoni, nouveau préfet de la Propagande écrit à Mgr Taschereau pour que les évêques lui envoient les renseignements nécessaires à cette division, établissent les frontières du nouveau diocèse et suggèrent les noms de 3 éventuels candidats. La décision non officielle doit toutefois demeurer secrète même si la rumeur circule déjà. L’archevêque publie un démenti par voie de communiqué tout en espérant secrètement que, suite à cette infirmation diffusée publiquement, Rome hésitera à revenir sur sa décision. Or, Mgr Taschereau tarde à convoquer les évêques et se montre beaucoup trop prudent, selon ses partisans. Le curé Marquis craint que Mgr Laflèche parvienne à rallier le pape à sa cause et s’en impatiente auprès de Mgr Racine. Celui-ci le rassure en ces termes: « Mgr Taschereau ne veut pas risquer, il veut gagner. Ne pas réussir pour lui serait une défaite qui lui ferait mal ici comme à Rome. Je crois que tout ira bien quoique fasse l’homme solennel dont vous me parlez. » Toute cette agitation, contraint le cardinal Simeoni à exercer des pressions auprès du pape pour l’envoie d’un nouveau délégué apostolique. Henri Smeulders arrive au Canada en août 1883 afin de régler l’imbroglio entre l’université Laval et l’école de médecine et s’assurer aussi de l’utilité de la création du diocèse de Nicolet. La décision d’envoyer un nouveau délégué contraint Mgr Laflèche à quitter le Vatican où il séjourne depuis le mois de mai; tandis que le curé Marquis demeure à Rome où il dispose désormais de plus de liberté. L’ultime bataille pour la création du diocèse de Nicolet vient de commencer…. (À suivre)

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M176/2. Cahiers Nicolétains vol. 5, no1 et vol. 6, no 4.

Elzéar-Alexandre Taschereau F085-P6300

Dominique Racine vers 1880 -F085-P13319
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