CRÉATION DU DIOCÈSE DE NICOLET (7) : LA VICTOIRE NICOLÉTAINE

En février 1883, la création du diocèse de Nicolet est jugée opportune par le Saint-Siège, mais non décrétée. Incompréhensiblement, Mgr Taschereau tarde à convoquer l’assemblée des évêques pour établir les limites du futur évêché et désigner trois candidats successibles d’accéder à la nouvelle prélature. Ce délai permet aux opposants de la division de riposter. Mgr Laflèche publie aussitôt une circulaire qui vise à sonder l’état d’esprit régnant au sein du clergé. Dans ce texte, il conteste l’authenticité de la supplique en faveur du diocèse de Nicolet signée par le curé Malo, en 1881. Les journaux s’emparent de la nouvelle: « On parle beaucoup d’un faux qui vient d’être découvert parmi les documents transmis au Saint-Siège pour obtenir la division du diocèse des Trois-Rivières: c’est une supplique à la Propagande signée du nom d’un prêtre du diocèse qui déclare solennellement n’avoir jamais eu connaissance de cette pièce. » Ce tapage indispose les partisans de Nicolet, surtout les jeunes prêtres, intimidés par l’immense pression que l’évêque de Trois-Rivières exerce sur eux pour qu’ils adhèrent à sa cause. Ces derniers craignent, dans l’éventualité d’un échec, d’être victimes de répression de la part du prélat. L’abbé Bégin s’en offusque: « À quelle torture Mgr soumet ses prêtres pour les faire parler contre une décision du Saint-Père! » Mgr Laflèche retourne à Rome, en mai 1883. Ce départ coïncide avec la démission subite du curé Malo, remplacé par un jeune prêtre, l’abbé Grenier. La nouvelle étonne, car le curé Malo n’a jamais songé à abandonner sa cure de Bécancour. Les partisans de Nicolet y décèlent une nouvelle stratégie de la part de Mgr Laflèche : « Dans la crainte de voir le diocèse divisé avant l’automne et le désir d’assurer à un ardent propagateur des idées trifluviennes une des plus belles cures, on s’est empressé de faire consentir à M. Malo à donner une résignation qu’il regrette aujourd’hui si on en croit la rumeur publique. »

Le délégué apostolique Smeulders chargé, entre autres, d’étudier la question du nouveau diocèse, débarque à Québec le 21 octobre 1883 où il reçoit un accueil chaleureux. Deux mois plus tard, soit le 20 décembre, Mgr Laflèche publie une autre circulaire dans laquelle il réaffirme que le document de 1881, à l’origine de la résurgence du projet de division, est un faux. Sans le nommer, il fustige le prétendu faussaire, en l’occurrence le curé Marquis, qu’il n’hésite pas à dénoncer violemment pour « cet acte criminel ». Un représentant de Nicolet, l’abbé Groulx, rend visite au curé Malo dans sa retraite de Bécancour afin de sonder la mémoire du vieillard concernant le fameux document. Le Nicolétain se dit agréablement étonné de la lucidité de cette octogénaire qualifié de sénile. Certes, le vieux prêtre est visiblement troublé par toute cette agitation autour de sa signature. Toutefois, après leur entretien, l’abbé Groulx se croit en mesure d’affirmer au cardinal Simeoni, chef de la Propagande, que les partisans de Mgr Laflèche ont exploité les absences de mémoire du vieux pasteur pour le contraindre à renier sa signature; et deux autres documents où il affirme s’opposer à la division du diocèse. Afin de s’en assurer, le délégué Smeulders rend personnellement visite au vieux prêtre dans sa retraite de Bécancour en février 1884. Les deux hommes s’entretiennent de longues heures en tête-à-tête. Rien ne transpire de leur discussion. Le délégué en ressort toutefois convaincu que les accusations de faussaire portées contre le curé Marquis sont infondées. Il s’oppose néanmoins fermement à la division du diocèse de Trois-Rivières.

Verdict contesté par Mgr Taschereau qui se rend aussitôt à Rome pour en discuter directement avec la Propagande. Il rencontre tout le monde, du pape aux délégués. Entre temps, Mgr Laflèche outrepasse les directives de ses supérieurs et s’empresse d’annoncer officiellement que l’unité de son diocèse est maintenue et la question de la partition définitivement close. L’archevêque Taschereau alerte aussitôt le directeur de la Propagande de la situation. Ce dernier s’empresse de désavouer la décision hâtive du délégué Smeulders et lui ordonne de mettre fin immédiatement à la publication de la circulaire de Mgr Laflèche, mais en vain. Le texte a été lu et les Te Deum chantés dans toutes les églises du diocèse. Le chef de la Propagande se résigne alors à intervenir personnellement auprès de Mgr Laflèche pour l’informer de l’état réel de la situation: « Je vous annonce que sur les instances de l’archevêque Taschereau, la question de la division du diocèse de Trois-Rivières est déférée à la Congrégation. Si l’évêque de Trois-Rivières a quelque chose de plus à exposer, qu’il le fasse connaître. » Le délégué apostolique Smeulders continue à défendre publiquement sa position contre la division du diocèse, tandis que Mgr Laflèche ressasse inlassablement les mêmes arguments. La Congrégation, au sein de laquelle les opinions sont partagées, se réunie, en présence de 9 cardinaux, le 30 septembre 1884. Le 5 octobre suivant, alors que les délibérations tardent à aboutir, Léon XIII tranche ainsi: « Le principe de la division du diocèse est maintenu, mais cette division ne devra pas se faire avant qu’un nouveau commissaire apostolique ne soit envoyé dans la province. »

Chacun des partis garde encore espoir. Les évêques Taschereau, Racine et Moreau entreprennent une campagne auprès de la Propagande pour la mettre en garde contre les inconvénients d’un long délai. Mgr Dominique Racine reprend son lobbying à Rome et rédige plusieurs documents dans lesquels il explique la nécessité de la division du diocèse. Son audience auprès du pape a lieu le 12 avril 1885. Celle-ci se révèle concluante car, suite à cette rencontre, Mgr John Cameron est envoyé à titre de délégué apostolique avec mission d’exécuter la division du diocèse de Trois-Rivières, décret qu’il signe le 10 juillet. Il désigne alors le chanoine Elphège Gravel, du diocèse de Saint-Hyacinthe, à titre de premier évêque de Nicolet. L’intronisation de celui-ci a lieu dans la nouvelle ville épiscopale le 25 août 1885 devant une foule en liesse, mais en l’absence de Mgr Laflèche. ( suite et fin)

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M176/2. Cahiers Nicolétains vol. 5, no1 et vol. 6, no 4.

4e église-1ère cathédrale -1872-1906-F009-G2-5-22
Arc de triomphe – 25 août 1885 pour l’arrivée de Elphège Gravel – F085-P4384
Arrivée de Mgr Elphège Gravel à Nicolet -1885- F085-P1750
Elphège Gravel-1885-Photo P.A.Papillon –
F085-P6607
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