LES CROCHETS DU LAC SAINT-PIERRE : RÉALITÉ OU LÉGENDE OUBLIÉE?

Tous les navigateurs, plaisanciers, chasseurs ou pêcheurs, qui le fréquentent depuis longtemps, vous diront qu’il faut se méfier de l’humeur imprévisible du lac Saint-Pierre. Les variations météorologiques fortuites sont fréquentes autour de ce bassin de 32 kilomètres de long sur 14 de large formé par l’élargissement soudain du Saint-Laurent à l’ouest de Trois-Rivières. Les bourrasques de vent se manifestent parfois sans prévenir et transforment, en un rien de temps, des flots étales en mer en furie. Gare alors aux frêles embarcations qui se sont laissées surprendre au milieu de ces eaux déchaînées et particulièrement sournoises par endroits. Tels les Crochets du lac Saint-Pierre, prétendument situés entre le Port-Saint-François et Pointe-du-Lac et qui, jadis, étaient apparemment fort redoutés des navigateurs. Ce secteur sert d’ailleurs de décor à un article du Nicolétain, daté du 8 juillet 1886, qui raconte la terrible aventure de trois pêcheurs qui s’y sont laissés piégés par la tempête quelques années auparavant. Nous reproduisons ici un condensé de cet article rédigé par l’avocat nicolétain, Wilfrid Camirand :

« Un jour, vers la fin du mois de juillet 1882, trois amis décident de se rendre au lac Saint-Pierre pour une partie de pêche. Il était quatre heures de l’après-midi. La journée avait été orageuse. De nombreuses averses étaient venues rafraîchir la température. Mais, vers la fin du jour, les nuages avaient disparu, le ciel était clair et un soleil radieux brillait dans toute sa splendeur. Tous les trois sautèrent dans la frêle embarcation et les voilà partis. Ils s’en vont doucement entraînés par le courant. Le soleil était encore haut, mais on remarquait quelques nuages à l’horizon. La brise se faisait plus fraîche. Soudain, l’un des trois pêcheurs fit la proposition suivante : « Aimeriez-vous traverser de l’autre côté? Nous irons visiter quelques amis de la Pointe-du-Lac et nous reviendrons à la veillée en jouissant d’un beau coucher de soleil. » Proposition acceptée. Mais pendant que les gais rameurs frappent les eaux quelques nuages se dressent à l’horizon. La brise devient de plus en plus forte; les vagues se gonflent et le roulis de la chaloupe s’accentue. Un grand nuage sombre envahi le ciel avec une rapidité extraordinaire. Tout annonce une tempête. Nos rameurs sont devenus tout à coup silencieux et pensifs. Ils sont au milieu du lac dans une frêle embarcation, le jouet des vagues et du vent. Autour d’eux, la mer se gonfle en furie, sur leur tête le ciel est en feu et la foudre éclate à coups redoublés. Impossible d’atteindre le rivage qui se trouve encore éloigné. Le spectre de la mort est là, menaçant, terrible, effroyable. La tempête redouble de violence et la situation devient désespérée. Soudain, une succession de vagues immenses poussant des torrents d’écume jaillissent dans l’air et viennent à la rencontre de la chaloupe qui est ballotée par les vagues. Le danger est imminent. À chaque minute, à chaque seconde, la vague furieuse vient battre la chaloupe et menace de la chavirer ou la briser en éclats. Ainsi, flottant au gré des flots, les rameurs se laissent envahir par le désespoir.

Enfin après une lutte, ou plutôt une agonie, de près d’une heure, le vent se modère un peu, les vagues deviennent moins furibondes. Petit à petit, poussés par le vent, les rameurs peuvent se dégager et sortir des régions agitées du lac et rejoindre le rivage du Port Saint-François où un ami les accueille dans sa demeure. Celui-ci leur demande : « Savez-vous quels dangers vous avez couru? C’est par miracle que vous avez réussis à vous sauver. Vous êtes tombés dans les Crochets du lac. » À ce mot, un frisson d’effroi saisit les promeneurs car les Crochets du lac représentent l’endroit le plus redoutable et le plus redouté de tous les navigateurs. Les marins et les canotiers ne manquent jamais de fuir, par de longs détours, les Crochets qui leur inspirent une frayeur indicible. Aux violentes émotions succédèrent le repos et la joie. Les trois amis se sont ensuite séparés en jurant que les Crochets du lac ne les reverrait plus. »

Mythe ou réalité ces Crochets du lac Saint-Pierre? La question demeure…

Texte : Serge Rousseau pour le CAR-Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Wilfrid Camirand, F266/A1/2

Coucher de soleil sur le lac Saint-Pierre F193-L13-88

Nicolet lac Saint-Pierre vers 1940 F342-A1-256
Port Saint-François vers 1940 – photo Henry Laliberté F085- P13176
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