LOUIS-H. FRÉCHETTE : POÈTE NATIONAL ET NICOLÉTAIN DANS L’ÂME

« De l’avis de plusieurs, il compte parmi les poètes les plus importants de l’histoire du Canada dans son ensemble et du Québec en particulier. Lamartine et Hugo font l’éloge de son premier recueil intitulé Mes Loisirs. » Louis Honoré Fréchette voit le jour le 16 novembre 1839 à Lévis, soit deux ans après le soulèvement des patriotes. Événement qui influencera profondément sa pensée politique et littéraire. Étudiant indiscipliné, il fréquente avec plus ou moins d’assiduité les collèges de Québec et de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, avant de venir compléter sa formation collégiale au Séminaire de Nicolet, de 1859 à 1860. Fier nationaliste, ses convictions patriotiques lui occasionneront plusieurs ennuis au cours de sa carrière. Ce qui ne l’empêche pas de s’activer dans plusieurs domaines. En plus de sa profession d’avocat, qu’il exerce presque en dilettante, il est tour à tour journaliste, éditeur de journaux, (durant son exil de cinq ans aux États-Unis) traducteur à l’assemblée législative, député de Lévis à la Chambre des Communes… Mais c’est surtout son talent pour la prosodie qui lui vaut sa célébrité et son statut de poète national.

Louis Fréchette gardera toute sa vie durant un attachement particulier envers le séminaire de Nicolet et ses professeurs. Surtout l’abbé Thomas Caron à qui il rend hommage à quelques reprises, lors de ses fréquentes visites au collège. Face à cette assiduité, personne ne s’étonne vraiment de le voir s’installer, en compagnie de sa famille, au manoir Trigge pour ses vacances estivales de 1881. Séjour si agréable qu’il convainc les Fréchette à venir s’établir définitivement à Nicolet, à partir de 1885. Ils logent alors dans la vieille bâtisse jumelée au premier séminaire. Celle-ci deviendra plus tard « l’école des Frères » et sera engloutie par l’éboulis, en 1955. Le poète ne tarde pas à s’impliquer au sein de la communauté nicolétaine; comme le souligne cet article du journal de l’Académie, daté du 20 septembre 1885 : « Louis Fréchette assiste à l’intronisation de Mgr Gravel en août 1885. Les visites à l’Alma Mater sont fréquentes et le poète est de toutes les fêtes. »

Au plan professionnel, les années nicolétaines de l’avocat Fréchette s’avèrent particulièrement tranquilles; deux clients seulement font appel à ses services. Ce qui permet à Émile Coderre (Jean Narrache) d’affirmer: « Il voulut des loisirs pour pouvoir écrire tout à son aise! À Nicolet, il fut exaucé au-delà de ses vœux. » C’est d’ailleurs à Nicolet, entre 1885 et 1888, que Fréchette rédige la plus grande partie de la Légende d’un Peuple, son œuvre maîtresse publiée en France et vivement acclamée des deux côtés de l’Atlantique. Cette notoriété lui permet de recevoir chez-lui plusieurs personnalités et artistes de réputation internationale comme le poète français, François Coppé, ou le violoniste du roi des Belges, Frantz Jehin Prume. La présence de ce virtuose à Nicolet suscite un vif intérêt parmi les amateurs de musique désireux de lui rendre hommage : « L’Harmonie de Ste-Cécile et la Citoyenne sont venues faire une sérénade sous les fenêtres de la résidence de M. Fréchette en l’honneur de son hôte M. Prume. Pendant plus d’une heure, le distingué violoniste nous a tenu sous le charme indicible des harmonies et des sons enchanteurs qu’il tirait de son instrument. » Rapidement Louis Fréchette devient l’idole des nicolétains, tous réclament sa présence, même les journaux se le disputent.

Malheureusement, la campagne électorale de 1888 vient troubler cette belle harmonie. D’allégeance libérale et ancien député de Lévis à la Chambre des Communes, l’implication publique de Fréchette auprès du candidat libéral du comté soulève une vive opposition dans la presse locale, généralement ultramontaine. Suite à un débat public tumultueux l’opposant au conservateur Nérée Duplessis, père du futur premier ministre de l’Union Nationale, le journal le Nicolétain écrit : « On peut être fort bon versificateur et très pauvre politicien en même temps. Pendant plus d’une heure M. Duplessis a tenu sur le grill le poète irascible et lui a administré une bonne leçon. M. Fréchette s’est trompé d’adresse et se croyait peut-être dans quelques faubourgs des grandes villes. » Cet article du Nicolétain, jumelé à la défaite électorale du candidat libéral, affecte considérablement le poète. Après avoir été adulé de tous, cette adversité le déconcerte. En septembre 1888, il quitte Nicolet pour Montréal où il résidera jusqu’à sa mort, survenue en 1908. En guise de témoignage d’affection indéfectible envers son alma mater, Louis Fréchette lègue au séminaire de Nicolet la copie du buste destiné à son tombeau, ainsi que trois exemplaires de ses poésies choisies. Voici, en guise de conclusion quelques strophes de l’éloge qu’il composa en 1903 pour le centenaire du séminaire de Nicolet :

Ô Nicolet! à l’âge où l’on rit, où l’on aime

Un étranger hélas! sevré de toute ivresse

Frêle épave échappée à la vague traîtresse

Vint baiser en pleurant ton seuil hospitalier

Et devant ce vaincu précoce de la vie

Ta porte, ô Nicolet! S’ouvrit à deux battants

Texte : Serge Rousseau pour le CAR-Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Louis-Honoré Fréchette F175, les Cahiers Nicolétains vol. 1 no 4 décembre 1997.

Louis Fréchette d’Henri Julien- La Revue Populaire- décembre 1936-29e année, no 12
Premier Séminaire de Nicolet vers 1860, Le vieux Séminaire de Nicolet et la résidence attenante où demeura Louis-Honoré Fréchette de 1885 à 1888. En 1887, cet édifice transformé devient l’Académie commerciale de Nicolet, F085-P9510
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