L’IMPORTANTE CONTRIBUTION DES ACADIENS À LA SEIGNEURIE DE NICOLET

Les lots vacants ont presque tous trouvés preneurs au moment où le petit-fils de Claude Poulin Cressé, Pierre-Michel, hérite de la seigneurie de Nicolet, en 1785 : « Parmi ces nouveaux habitants, les plus intéressants sont les Acadiens qui se sont d’abord établis sur le chemin de Saint-Grégoire. » En 1765, le gouverneur Murray accorde gratuitement une terre, de même qu’une exemption de taxes de deux ans, aux exilés de la Nouvelle-Angleterre désireux de rentrer au pays à condition que ces derniers acceptent de prêter allégeance au roi d’Angleterre. Une importante cohorte de déportés choisit alors de s’établir dans la région de Trois-Rivières, surtout sur la rive sud du fleuve. Les nouveaux arrivants se regroupent dans les fiefs de Godfroi ou Rocquetaillade près du lac Saint-Paul, ou encore à l’est de la seigneurie de Nicolet dans un secteur désigné « Bois des Acadiens ». Toutefois, des documents indiquent que bon nombre d’entre eux acquièrent des lots le long de la rivière Nicolet et la pointe de l’Île-à-la-Fourche.
La seigneurie de Nicolet bénéficie grandement de la vitalité de ces nouveaux arrivants désireux de s’implanter définitivement au pays suite à leur pénible exil. Ceux-ci participent activement à l’essor de la seigneurie et ne tardent pas à se distinguer. L’un des personnages le plus remarquable issu de cette migration demeure sans contredit le commerçant et maître charpentier, Jean-Baptiste Hébert. Celui-ci est le fils d’Étienne Hébert et Marie-Josephte Babin qui s’étaient engagés sentimentalement l’un envers l’autre avant d’être déportés séparément. Idylle qui n’est pas sans rappeler celle d’Évangéline et Gabriel, mais qui, comme on le verra un peu plus loin, connaît néanmoins un dénouement plus heureux que celui des personnages du poème de Longfellow.
 
Étienne Hébert travaille sur une ferme dans la région de Boston lorsqu’il apprend que plusieurs Acadiens retournent s’établir au Canada, suite à l’autorisation accordée par le gouverneur Murray. Lui et son frère Honoré décident alors de revenir au pays. Après douze jours de marche et de privations à travers bois, ils franchissent enfin la frontière. Retenus à Montréal pour une affaire de violation de propriété dont ils sont finalement acquittés, les deux frères Hébert atteignent Trois-Rivières où ils retrouvent avec bonheur leur père et l’une de leur sœur. Toutefois, d’autres membres de la famille manquent toujours à l’appel. Après de multiples efforts et de démarches sur la rive nord du fleuve et jusqu’en Nouvelle-Angleterre, la famille Hébert est enfin réunie, excepté pour la mère décédée d’épuisement peu de temps après son arrivée. Les Hébert enfin solidement établies sur des terres adjacentes près du Bois des Acadiens, voilà que le destin favorise à nouveau l’ancien exilé : « Un jour, Étienne Hébert fut informé qu’une de ses voisines de Grand’Prée qu’il avait l’intention d’épouser avait été ramenée à Québec où elle vivait avec ses sœurs. Malgré une longue séparation, elle ne l’avait pas oublié et n’avait jamais perdu l’espérance de le revoir. Hébert de son côté, lui était resté fidèle. Peu de jours après, ils étaient réunis pour ne plus se séparer. »
 
Jean-Baptiste Hébert naît de cette union, en 1779. En plus de faire prospérer sa terre du Bois des Acadiens, ce dernier se révèle un architecte talentueux dont la renommée franchit aisément les limites régionales. Parmi ses réalisations, on lui doit la construction du séminaire de Nicolet, plusieurs églises, dont celles de Lotbinière et de Kamouraska, de même que de nombreux édifices. Parallèlement, il poursuit une carrière de major d’armée, de capitaine de milice et de juge de paix, avant de se lancer en politique. De 1808 à 1814, il représente l’immense comté de Buckingham qui comprend une dizaine de cantons au sud du fleuve jusqu’à la frontière américaine. Par la suite, de 1835 à 1838, il représente le comté de Nicolet à titre de député à l’assemblée législative. Durant cette période, il est emprisonné pour ses prises de positions en faveurs des patriotes lors de la rébellion de 1837-38. Les autorités le relâchent après quelques semaines d’incarcération, ne trouvant rien d’illégal à lui reprocher. Jean-Baptiste Hébert décède paisiblement à Kamouraska en 1863. Parmi les patronymes d’origine acadienne les plus répandus dans la région, on retrouve les Hébert, Arseneault, Béliveau, Bergeron, Comeau, Goudreau, Landry, Leblanc, Poirier, Thibodeau, Trahan, Vigneault et plusieurs autres…
 
Texte; Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
 
Références :
Collection Nicolet Les Acadiens à Nicolet C026/F3/9
Venus de Beaubassin à Saint-Grégoire, Charles Morrissette, 2018
Histoire de Nicolet 1669-1924, J.E. Bellemare
Les Acadiens du Québec, Pierre-Maurice Hébert, 1994
 
Jean-Baptiste Hébert -l’Opinion publique, Montréal 27 septembre 1877 – Les Cahiers Nicolétains vol 2 no 3, septembre 1980
Acadiens, Louis-Philippe Hébert, 1908, plâtre, collection du Séminaire de Nicolet AC-17.
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