ET LA LUMIÈRE FÛT : L’ARRIVÉE DE L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE À NICOLET

En 1879, l’invention de l’ampoule électrique de longue durée par Thomas Edison révolutionne les méthodes ancestrales de s’éclairer. Dès 1882, une première centrale érigée à Manhattan permet de distribuer l’électricité dans quelques résidences huppées de New-York. Malgré la méfiance qu’inspire toujours la nouveauté, l’usage du pouvoir électrique se répand à une vitesse fulgurante à travers le monde et devient vite incontournable. La ville de Nicolet réalise très rapidement les nombreux avantages qu’elle peut soutirer de cette nouvelle source d’énergie. Dans une rubrique datée du 10 mai 1889, le Nicolétain annonce avec enthousiasme l’arrivée imminente de l’électricité dans la ville épiscopale : « Les représentants de la compagnie Edison sont actuellement en ville à faire les préparatifs pour l’installation de l’appareil électrique. Ils ont pris la longueur de toutes les rues et sont à faire préparer les plans de Nicolet. Tout annonce que dans quelques mois nous serons sur le même pied que les grandes cités de Montréal et Québec. » Si l’auteur de l’article encense l’esprit d’entreprise progressiste de certaines élites nicolétaines, plusieurs citoyens, par contre, craignent les coûts afférents à une telle installation.

Afin de convaincre les sceptiques, les représentants de la compagnie Edison convient les Nicolétains à une excursion nocturne à Trois-Rivières afin d’assister à une démonstration de leurs installations expérimentales : « Là, on a pu se faire une idée pratique de la lumière que l’on nous offre et en apprécier les avantages. Maintenant, tout le monde est convaincu que cette lumière est parfaite et infiniment supérieure aux lampes à gaz, sans en avoir les inconvénients et sans en avoir les dangers. » Les lampes explosent parfois, s’enflamment en se brisant et demeurent la cause de nombreux incendies. Sans oublier les décès par asphyxie lorsqu’on le gaz n’est pas tout à fait éteint ou la vis du bec mal fermée. La lumière électrique élimine tous ces désavantages. Elle se manie sans danger et peut prendre la forme, la couleur et la luminosité désirées. « Tous les excursionnistes, au nombre de plus de cent, sont revenus convaincus que ce système d’éclairage doit être produit à Nicolet. »

Or, une telle installation exige un investissement important. La compagnie Edison estime à 15 000 $ le capital nécessaire afin de fournir la lumière électrique à tous ceux qui le désireront. La compagnie, elle-même, n’hésite pas à investir plusieurs milliers de dollars d’actions en guise de cautionnement pour les éventuels actionnaires et assurer leur collaboration constante pour l’entretien du réseau: « Dans les endroits où des compagnies de ce genre se sont formées, les résultats ont été très satisfaisants. » assurent les représentants de la compagnie Edison. Toutefois, dans un souci de précaution, les autorités nicolétaines désirent connaître le niveau de satisfaction des villes qui ont recours aux services de la compagnie Edison depuis quelques années. Celles-ci se disent unanimement enchantées de leur expérience. Une lettre, du directeur général de la ville de Harrisburg en Pennsylvanie, datée du 4 mai 1889, témoigne de cette satisfaction : « En réponse à votre lettre demandant de l’information sur l’efficacité du système d’éclairage Edison, je puis vous dire que la meilleure preuve que je peux vous donner à ce sujet, c’est que, à part quelques rares exceptions, tous ceux qui ont pris la lumière continuent de la garder et nous prenons de nouveaux abonnés tous les jours. Nous faisons avec succès compétition au gaz. Financièrement parlant, nous avons raison d’être contents. Les actionnaires sont parfaitement satisfaits de leurs placements et les profits vont en augmentant. » Face à d’aussi élogieuses références, les actionnaires souscrivent en grand nombres et le capital exigé est vite rassemblé. Un dénommé Barr, électricien de Montréal, est engagé pour choisir l’endroit où installer les appareils de la compagnie et superviser leur installation. Le Nicolétain conclue alors son article en ces termes : « Enfin, tout semble aller comme sur des roulettes. Tant mieux et en avant le progrès! »

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Wilfrid Camirand F266/A1/2

Rue Plessis en 1911, photo Philias Coulombe C007-G3-2-28
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